17 mars 2018

On revient au début

Les 18 années de pouvoir de Vladimir Poutine

Les électeurs russes sont appelés à voter demain à l’occasion du premier tour de l’élection présidentielle. Dirigeant le pays depuis 2000, comme président, mais aussi comme Premier ministre entre 2008 et 2012, Vladimir Poutine a centralisé le pouvoir et se présente pour un nouveau mandat de six ans à la tête de la Russie.


À l’origine

Né en 1952 à Saint-Pétersbourg, Vladimir Poutine devient en 1975, dès la fin de ses études, agent du KGB, le service de renseignement soviétique. Il travaille en Allemagne de l’Est, où il est chargé de recruter des espions. Il se lance dans la politique en 1991. Il devient conseiller aux Affaires étrangères puis premier adjoint à la mairie de Saint-Pétersbourg. Il intègre ensuite l’administration présidentielle en 1996 et prend la tête du service fédéral de sécurité, le FSB, deux ans plus tard. Vladimir Poutine fait diffuser en mars 1999 à la télévision nationale une vidéo mettant en scène un homme qui ressemble au procureur général russe avec des prostituées, alors que celui-ci a ouvert une enquête pour corruption visant des proches du président Boris Eltsine. Il est nommé Premier ministre cinq mois plus tard.


Les dates clés

2000

Boris Eltsine démissionne fin 1999, pour des raisons de santé. Premier ministre, Vladimir Poutine assure l’intérim, avant d’être élu président en mars 2000. Il promeut une ligne politique reposant sur la « verticalité du pouvoir ». Il met ainsi en place « une centralisation et une soumission hiérarchique au Kremlin », explique à Brief.me Anna Colin-Lebedev, maître de conférences à l’Université Paris Nanterre et spécialiste de la Russie. Cela se traduit par un contrôle accru du territoire, avec la division du pays en sept districts fédéraux, dont les représentants, nommés par le président, supervisent les 85 gouverneurs déjà en place. Vladimir Poutine renforce son autorité auprès des oligarques proches de Boris Eltsine, opposés à un État fort. L’un d’entre eux, Vladimir Goussinski, est arrêté en 2000 pour détournement de fonds publics. Vladimir Poutine reprend alors le contrôle de son groupe audiovisuel NTV, qui ne l’avait pas soutenu lors de la présidentielle.

2004

Vladimir Poutine a hérité d’une Russie appauvrie dans les années 1990 en raison du passage d’une économie communiste à une économie libérale. Réélu en 2004, il promet de renouer avec la croissance en diversifiant la production, qui repose principalement sur le gaz et le pétrole. Cette dépendance s’est en réalité renforcée. L’État devient même l’actionnaire majoritaire de l’entreprise de production d’énergie Gazprom en 2005. Mais au cours des deux premiers mandats de Vladimir Poutine, la croissance dépasse 6 % chaque année, en raison de la hausse des prix des hydrocarbures. Cela permet à l’État de redistribuer davantage les richesses : les retraites, les salaires des fonctionnaires et d’autres allocations sont augmentés. Le niveau de vie croît et une classe moyenne émerge. Début 2007, le gouvernement russe annonce que le PIB a dépassé le niveau de 1990.

2011

Limité à deux mandats présidentiels consécutifs par la Constitution, Vladimir Poutine ne peut pas se représenter en 2008. Dmitri Medvedev, qui était son chef de gouvernement, est élu et il est nommé Premier ministre. Plusieurs manifestations dénoncent l’accaparement du pouvoir par Vladimir Poutine, aboutissant le 24 décembre 2011 au plus grand mouvementde protestation depuis la chute de l’URSS. Réélu président en 2012, Vladimir Poutine fait adopter deux lois pour punir plus sévèrement les participants et organisateurs d’un événement non autorisé. Des opposants sont régulièrement arrêtés. Certains choisissent l’exil, comme Garry Kasparov en 2013. En 2015, l’opposant Boris Nemtsov est abattu à Moscou.

2014

Au cours de son dernier mandat, Vladimir Poutine s’est largement consacré à la politique extérieure de la Russie. En 2014, après la destitution du président ukrainien prorusse Viktor Ianoukovytch, il soutient les velléités séparatistes de la région ukrainienne de Crimée, entérinées par un référendum qui approuve le rattachement à la Russie. L’Union européenne et les États-Unis adoptent alors des sanctions, principalement économiques. Soutien du régime de Bachar el-Assad depuis le début du conflit syrien en 2011, la Russie intervient militairement en Syrie en 2015. Son aviation aide le régime de Damas à reprendre plusieurs villes comme la cité antique de Palmyre, sous le contrôle du groupe État islamique, ou la ville d’Alep, bastion de la rébellion.


L’analyse

Malgré ses 18 années au pouvoir, Vladimir Poutine constitue la seule figure présidentielle pour les Russes parce qu’il « a réussi à construire un système institutionnel et répressif qui empêche d’autres acteurs d’émerger », selon Anna Colin-Lebedev. Il a « fait comprendre aux Russes que les situations de changement sont dangereuses, au point qu’ils se disent que si cela ne va pas très bien, cela pourrait être pire en cas d’alternance ou de coup d’État », continue la spécialiste. La plupart des Russes estiment également qu’il « a fait beaucoup pour leur pays, même s’il n’y a pas eu de grosses réformes et que la situation économique s’est dégradée » depuis la baisse des cours du pétrole et les sanctions internationales en 2014. « Vladimir Poutine a réussi à faire passer les difficultés économiques comme une conséquence des sanctions contre la Russie et a restauré en retour la grandeur du pays à l’international. C’est devenu un motif de fierté pour la population, à défaut d’autre chose. »