5 avril 2018

Tout s'explique

Défaite judiciaire pour Lula

Qu’a décidé la Cour suprême du Brésil ?

La Cour suprême du Brésil a rejeté ce jeudi par six voix contre cinq la demande de maintien en liberté formulée par l’ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, dit Lula, au nom de « l’habeas corpus ». Le droit brésilien permet aux personnes condamnées de rester en liberté tant que tous les recours judiciaires n’ont pas été épuisés. Cependant, une jurisprudence de 2016 rend possible une incarcération dès qu’une peine a été confirmée en appel. L’ancien chef de l’État de 72 ans avait été condamné en janvier en appel à 12 ans et un mois de prison pour corruption et blanchiment d’argent. Après la décision de la Cour suprême, la justice peut désormais émettre contre lui un mandat d’arrêt pour le conduire en prison.

Pourquoi Lula a-t-il été condamné ?

Lula a été reconnu coupable d’avoir accepté environ un million d’euros de pots-de-vin d’une entreprise de BTP, sous la forme d’un appartement dans une station balnéaire. En contrepartie, il a permis à cette entreprise d’obtenir des contrats avec la compagnie pétrolière publique Petrobras. Sa condamnation s’inscrit dans une enquête anticorruption qui a dévoilé depuis 2014 un système de pots-de-vin organisé à partir de Petrobras. L’un des trois juges ayant condamné Lula en appel a estimé que l’ancien président en « était un des principaux artisans, sinon le principal ». Dilma Rousseff, qui lui avait succédé, a également été mise en examen par la justice dans cette affaire en septembre. La Chambre des députés a rejeté plusieurs demandes de mise en examen de l’actuel président Michel Temer, accusé lui aussi d’avoir accepté des pots-de-vin.

Quel a été le parcours de Lula depuis son départ de la présidence ?

Ancien ouvrier métallurgiste devenu en 2003 chef d’État du plus grand pays d’Amérique latine, Lula quitte le pouvoir en 2010, la Constitution empêchant un président d’effectuer plus de deux mandats consécutifs. Une de ses anciennes ministres, Dilma Rousseff, est élue en 2010, puis réélue en 2014. Le 17 mars 2016, celle-ci le nomme ministre d’État et chef de cabinet de la présidence de la République, la plus haute fonction du gouvernement. Mais dès le lendemain, un juge suspend cette nomination, considérant qu’elle vise à permettre à Lula d’échapper à la justice en lui conférant une immunité. Plusieurs fois mis en examen dans l’affaire Petrobras à partir de 2016, Lula décide en 2017 de présenter sa candidature à la présidentielle d’octobre 2018. Il était en tête des intentions de vote dans tous les derniers sondages.