7 avril 2018

On revient au début

Les progrès de l’intelligence artificielle

Emmanuel Macron a annoncé la semaine dernière que l’État investirait 1,5 milliard d’euros au cours de son quinquennat pour soutenir le développement de l’intelligence artificielle. Ce secteur touche à plusieurs domaines de recherche, comme la robotique ou l’apprentissage automatique de la machine, et vise à assister l’humain ou à prendre en charge certaines de ses activités.


Le concept

L’intelligence artificielle est la capacité, pour une machine ou un programme informatique, de faire des tâches qui sont normalement effectuées par un être humain, comme l’apprentissage, la prise de décision ou l’interprétation. Cette notion est d’abord apparue dans la science-fiction. L’auteur tchèque Karel Capek, le premier à utiliser le mot « robot », met en scène en 1920 dans sa pièce « R.U.R. (Les robots universels de Rossum) » des automates à figure humaine capables de raisonner. Les scientifiques s’y intéressent dans les années 1950, environ dix ans après l’apparition des premiers ordinateurs. Le terme d’intelligence artificielle apparaît pour la première fois dans l’intitulé d’une conférence organisée en 1956, par des scientifiques américains comme John McCarthy et Marvin Minsky.


Les dates clés

1957

Le psychologue américain Frank Rosenblatt dévoile en 1957 le premier algorithme d’apprentissage, le Perceptron. Ce système, fondé sur des programmes informatiques simulant des réseaux neuronaux, apprend à une machine à reconnaître des images puis à les classer en fonction de leur forme. C’est le début du « machine learning », l’apprentissage automatique par une machine, l’un des principaux champs de recherche de l’intelligence artificielle. « Le Perceptron a montré qu’on pouvait entraîner des machines à reproduire des comportements, explique à Brief.me Bertrand Braunschweig, directeur de l’Institut national de recherche en informatique et en automatique. On a ensuite développé l’apprentissage profond avec plusieurs dizaines de couches de neurones connectés et on a été plus loin grâce à des masses de données beaucoup plus importantes accessibles via Internet. »

1979

Luigi Villa, champion du monde de backgammon, se fait battre en 1979 par un programme informatique, le BKG. C’est la première fois qu’un ordinateur bat un humain à un jeu faisant appel à l’intellect. Les prouesses dans ce domaine continuent grâce « au développement des algorithmes d’apprentissage, au stockage de données pouvant servir à l’entraînement et à des ressources de calcul de plus en plus importantes », souligne Bertrand Braunschweig. Le champion du monde d’échecs Garry Kasparov se fait battre à son tour par le logiciel Deep Blue en 1997 et le programme d’intelligence artificielle AlphaGo enregistre 60 victoires en 2016 sans aucune défaite face aux meilleurs joueurs mondiaux du jeu de go. Bertrand Braunschweig relativise toutefois ces victoires : « Ces machines sont certes plus compétentes que l’humain, mais dans un seul domaine, alors que lui en maîtrise toujours bien plus ».

1994

L’intelligence artificielle est également utilisée pour mettre au point des véhicules autonomes. En 1994, deux Mercedes équipées de programmes effectuant des calculs à partir de données transmises par différents capteurs parviennent à parcourir plusieurs dizaines de kilomètres sur l’autoroute A1 dans des conditions normales de trafic et en atteignant jusqu’à 130 km/h, en autonomie quasi complète. Un conducteur reste à bord pour approuver certaines manœuvres. Depuis, la plupart des constructeurs automobiles travaillent sur des projets de voitures autonomes, ainsi que d’autres entreprises comme Google ou Uber. Cette technologie vise notamment à réduire les accidents, les comportements humains (consommation d’alcool, vitesse excessive, fatigue) étant en cause dans 90 % des cas selon la Délégation à la sécurité routière, organisme sous l’autorité du ministère de l’Intérieur.

2014

L’entreprise américaine Amazon présente en 2014 son enceinte Echo, connectée à son intelligence artificielle Alexa. L’ensemble est capable d’interagir avec un humain en reconnaissant sa voix et en lui fournissant des réponses adaptées. Connecté à Internet et à des objets, il peut par exemple lire des informations, mettre de la musique ou activer des volets roulants. Amazon ambitionne des « systèmes d’intelligence artificielle conversationnels » qui « communiquent avec les gens d’une manière qui semble naturelle, résolvent des problèmes et deviennent plus intelligents avec le temps ». Google lance en 2016 une enceinte utilisant un assistant vocal déjà accessible sur smartphones et ordinateurs pour dicter des textos ou lancer des recherches sur Internet.


Les personnages

Norbert Wiener. Le mathématicien américain Norbert Wiener (1894-1964) est l’un des précurseurs de l’intelligence artificielle. Il publie en 1948 un ouvrage qui expose sa théorie sur la cybernétique, une science qui étudie les relations entre l’homme et la machine. Il y prédit la création d’usines sans employés et la fin du travail productif en 1963, permettant à l’humain d’être libéré du travail. Ses prédictions se sont révélées fausses mais l’impact de la cybernétique, par exemple avec l’automatisation, fut très important pour l’intelligence artificielle.

Alan Turing. Le mathématicien britannique Alan Turing (1912-1954) est l’un des premiers à avoir cherché à définir l’intelligence artificielle, avant même que le terme existe. En 1950, il imagine un jeu aujourd’hui connu sous le nom de « test de Turing » pour mesurer l’intelligence d’une machine : celle-ci devait entretenir une conversation avec un auditeur sans qu’il se rende compte qu’une machine lui répondait. Sa définition de l’intelligence artificielle restait toutefois limitée à la maîtrise du langage.

Elon Musk. L’entrepreneur et ingénieur d’origine sud-africaine Elon Musk, né en 1971, est à la tête de l’entreprise de construction automobile Tesla, qui développe des voitures autonomes. Il a exprimé plusieurs fois ses craintes concernant l’intelligence artificielle, estimant qu’elle représente un « risque majeur » pour la civilisation en cas d’utilisation malveillante. En 2015, il a cofondé l’organisation à but non lucratif OpenAI, dont le but est de promouvoir et développer une intelligence artificielle « sécurisée » apportant des bénéfices pour l’humanité.