10 avril 2018

Tout s'explique

Emmanuel Macron veut « restaurer » le lien entre l’État et l’Église

Qu’est-il reproché au chef de l’État concernant la question de la laïcité ?

Le président de la République, Emmanuel Macron, a rencontré hier soir des représentants de la Conférence des évêques de France, qui rassemble les évêques, prêtres et diacres du pays. Dans son discours, il a déclaré avoir « le sentiment que le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé » et qu’il importe « de le réparer ». Ces propos ont été fustigés par plusieurs personnalités politiques. Le dirigeant de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a affirmé que « le lien entre l’Église et l’État n’a pas lieu d’être », tandis que le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a déclaré que « l’Église catholique n’a jamais été bannie du débat public ». La présidente du Front national, Marine Le Pen, a pour sa part accusé Emmanuel Macron de tenter « d’anesthésier les catholiques pour pouvoir s’attaquer à la loi de 1905 ».

Que définit la loi de 1905 ?

Fondement de la laïcité, la loi de 1905 « concernant la séparation des Églises et de l’État » définit que « la République assure la liberté de conscience et le libre exercice des cultes ». Chaque citoyen est ainsi libre de pratiquer une religion ou d’être athée, à condition qu’il ne trouble pas l’ordre public en raison de ses convictions. Dans cette loi, l’État s’engage à ne reconnaître, ne salarier ou ne subventionner aucune religion, à l’exception de participations à des dépenses d’aumônerie destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements scolaires publics, dans les hôpitaux ou les prisons. Ainsi l’État ne peut pas financer, par exemple, la construction de lieux de culte et les bâtiments publics ne doivent pas disposer « de signe ou d’emblème religieux ». La loi consacre ainsi la notion de neutralité de l’État et de ses représentants.

Quelles sont les prises de position politiques de l’Église ?

« Il est de la nature de l’Église d’interroger constamment son rapport au politique », a déclaré hier soir Emmanuel Macron. Les positions politiques officielles de l’Église sont prises par le Vatican et, au niveau national, par des organisations comme la Conférence des évêques de France. Le pape François a rappelé à plusieurs reprises que le devoir d’un chrétien était de garantir aux migrants des conditions sûres et légales d’accueil. En 2016, il a déclaré que l’avortement était un « crime », mais a affirmé qu’« éviter une grossesse n’est pas un mal absolu », bien que la doctrine du Vatican s’oppose toujours à la contraception. Au niveau national, la Conférence des évêques de France a rappelé les positions de l’Église sur le début ou la fin de vie à l’occasion du lancement des États généraux de la bioéthique en janvier, comme son opposition au suicide assisté ou à la procréation médicalement assistée.