13 avril 2018

Tout s'explique

La justice russe bloque la messagerie Telegram

Pourquoi la justice russe a-t-elle bloqué la messagerie Telegram ?

Un tribunal de Moscou a ordonné aujourd’hui le blocage de la messagerie chiffrée Telegram sur tout le territoire russe, pour avoir refusé depuis 2016 de fournir au FSB, les services de sécurité du pays, les clés permettant de déchiffrer les messages qui y sont partagés. L’agence fédérale russe des télécommunications a saisi la justice fin mars pour demander son blocage, estimant que « les informations diffusées par Telegram peuvent contenir des données utilisées par des terroristes et des extrémistes ». L’ONG de défense des droits de l’homme Amnesty International voit dans cette décision un nouvel « assaut contre la liberté d’expression » en Russie. Telegram a été cofondé en 2013 par un entrepreneur et un programmeur russes. La messagerie compte plus de 200 millions d’utilisateurs dans le monde. Elle est particulièrement populaire en Russie et en Iran.

Comment fonctionnent les messageries chiffrées ?

Les messageries chiffrées comme Telegram, WhatsApp, Signal, Viber ou iMessage d’Apple, permettent de sécuriser l’échange d’informations et de contenus afin d’assurer la confidentialité des échanges. Tout ce qui est envoyé est chiffré grâce à une clé, soit une série de caractères conçue par un algorithme, avant d’être envoyé puis déchiffré une fois parvenu à son destinataire. Telegram ne chiffre pas systématiquement tous les échanges, mais seulement ceux qui sont réalisés via sa fonctionnalité « secret chat ». La confidentialité offerte par les messageries chiffrées convainc des utilisateurs soucieux de protéger leurs données, dont des responsables politiques – des membres du gouvernement français comme russe l’utilisent.

Comment les services de renseignement peuvent-ils y surveiller des terroristes ?

Les échanges entre terroristes via des messageries chiffrées complexifient le travail des services de renseignement. Selon Gérôme Billois, expert en cybersécurité pour le cabinet de conseil français Wavestone, interrogé par Franceinfo, il est toutefois possible de surveiller des terroristes sur ces messageries en s’immisçant dans les conversations, en « prenant le contrôle du téléphone d’un abonné » par exemple grâce à une perquisition ou en parvenant à se connecter à son compte avec ses identifiants. La justice peut également réclamer l’accès aux serveurs de la messagerie, mais la plupart des services s’y refusent, comme Telegram en Russie, mais aussi Apple, qui avait fait face à une demande similaire de la part du FBI après un attentat en 2015.