21 avril 2018

On revient au début

Cuba sous les frères Castro

L’Assemblée nationale cubaine a voté jeudi pour élire Miguel Diaz-Canel à la présidence de Cuba en lieu et place de Raul Castro. C’est la première fois depuis 1959 que le pays n’est plus dirigé par un membre de la famille Castro, arrivée à la tête de l’État après avoir mené la révolution cubaine.


À l’origine

Les frères Fidel et Raul Castro s’engagent en 1953 dans une révolution pour renverser le président cubain Fulgencio Batista, dont ils contestent le régime autoritaire. Réfugiés à partir de 1956, notamment avec l’Argentin Ernesto « Che » Guevara, dans les montagnes de la Sierra Maestra dans le sud-est de l’île, ils mènent une guérilla contre le pouvoir en place, qui bénéficie du soutien des États-Unis. Rejointes par plusieurs centaines d’opposants, les forces révolutionnaires poussent Fulgencio Batista à fuir le pays le 1er janvier 1959. Son départ est suivi quelques jours plus tard par l’entrée dans La Havane de Fidel Castro, accompagné de milliers de partisans. Fidel Castro devient Premier ministre et son frère Raul ministre de la Défense en février 1959.


Les dates clés

1959

Dès son arrivée à la tête du gouvernement en 1959, Fidel Castro entreprend une réforme agraire, confisquant les terres des grands propriétaires pour les nationaliser et les redistribuer. Il nationalise les entreprises étrangères et la production du sucre, sur laquelle repose essentiellement l’économie du pays. Il encadre les loyers ainsi que les prix de l’eau, de l’électricité ou de l’alimentation. La santé et l’éducation deviennent gratuites. Les médias d’opposition sont fermés et les syndicats qui ne rallient pas le nouveau régime interdits. Alors que Fidel Castro assurait en 1959 ne pas vouloir s’orienter vers la création d’un État communiste, qui « par sa conception totalitaire, sacrifie les droits de l’homme », il proclame en 1961 le caractère socialiste de la révolution. L’Organisation révolutionnaire intégrée est créée la même année et devient le Parti communiste en 1965, l’unique parti politique du pays.

1961

En janvier 1961, les États-Unis rompent leurs relations diplomatiques avec Cuba, plus de 60 ans après avoir soutenu les habitants dans leur lutte pour leur indépendance vis-à-vis de l’Espagne et après avoir obtenu un droit d’ingérence dans le pays. « Les relations avec les États-Unis se dégradent avec l’arrivée au pouvoir de Fidel Castro en raison de la nationalisation d’entreprises américaines, de l’expropriation sans indemnisation de propriétaires et du rapprochement de Cuba avec l’URSS, en pleine guerre froide », explique à Brief.me Michel Faure, auteur du livre « Cuba en 100 questions ». En avril 1961, les États-Unis échouent à renverser le gouvernement de Fidel Castro lors d’une invasion militaire dans la baie des Cochons (nord-ouest du pays). Ils instaurent un embargo économique sur l’île en 1962, alors qu’ils étaient son principal partenaire commercial. La tension entre les deux pays s’accroît encore au cours de l’année en raison de l’installation de missiles soviétiques sur l’île.

1991

Lors de la dissolution de l’URSS en 1991, Cuba perd son principal soutien économique et militaire depuis la fin des relations avec les États-Unis et l’instauration de l’embargo américain. « Cuba exportait alors la majorité de son sucre vers le bloc soviétique, recevait une aide financière de la part de l’URSS qui lui vendait aussi du pétrole à bas coût et lui envoyait du matériel ou des armes, résume Michel Faure. En 40 ans, Cuba s’est trouvé en position de dépendance absolue envers l’URSS, sans qui le régime castriste n’aurait pas survécu. » L’agriculture n’est pas assez diversifiée. La nourriture est rationnée et la population subit une pénurie alimentaire en 1993. Les coupures de courant sont de plus en plus fréquentes. La même année, le gouvernement lance une série de réformes : il s’ouvre au tourisme, autorise les investissements étrangers et consent à la circulation du dollar.

2006

L’état de santé de Fidel Castro se dégrade en 2006. Son frère Raul, toujours ministre de la Défense et également vice-président depuis 1976, assure alors l’intérim avant d’être officiellement élu en 2008. Il reprend la direction du Parti communiste en 2011. Sur le plan économique, il cherche à renforcer le secteur privé en autorisant les Cubains à exercer des emplois à leur compte parmi une liste de 201 activités possibles et crée des zones franches, afin d’attirer les capitaux étrangers contre des avantages fiscaux. Sur le plan international, il contribue à un rapprochement avec les États-Unis présidés par Barack Obama. En 2014, l’embargo est assoupli et l’année suivante, les relations diplomatiques entre les deux pays reprennent. Raul Castro limite à deux mandats de cinq ans la fonction de président. Fidel Castro meurt en 2016. Le mandat de Raul s’est terminé jeudi, clôturant près de 60 ans de pouvoir des frères Castro.


Le chiffre

1,9 million d’exilés. La répression du régime et les difficultés économiques du pays ont poussé plus de 1,9 million de Cubains à l’exil depuis 1959, selon les derniers chiffres de l’Office national de statistiques cubain, soit un peu plus de 15 % de la population totale actuelle. Ces chiffres sont cohérents avec ceux fournis par les États-Unis, le premier pays d’accueil, où le bureau du recensement américain dénombrait 1,3 million de réfugiés cubains en 2016. Environ 220 000 personnes ont fui lors des cinq premières années au pouvoir de Fidel Castro. En 1980, le gouvernement a consenti à laisser partir 125 000 Cubains depuis le port de Mariel en direction des États-Unis, qui leur offraient l’asile politique. Une autre crise migratoire est intervenue en août 1994. À la suite d’une manifestation d’opposition, Fidel Castro a suspendu durant un mois l’interdiction d’émigrer et plusieurs dizaines de milliers de Cubains ont rejoint les États-Unis à bord de fragiles embarcations.