28 avril 2018

On revient au début

L’économie circulaire

Le Premier ministre, Édouard Philippe, a présenté lundi le plan du gouvernement pour encourager en France le développement de l’économie circulaire, qui consiste notamment à limiter le recours aux matières premières, à réutiliser les objets et matériaux et à prévenir la production de déchets. Dans un « plan d’action en faveur de l’économie circulaire » publié en 2015, la Commission européenne la définit comme une économie « dans laquelle la valeur des produits, des matières et des ressources est maintenue dans l’économie aussi longtemps que possible et la production de déchets est réduite au minimum ».


Le concept

Le système économique des pays industrialisés repose en grande partie sur un fonctionnement linéaire : la vie d’un produit commence par l’extraction d’une matière première et se poursuit par sa production, sa consommation puis sa mise au rebut. En 1972, un rapport de scientifiques de l’institut de recherche américain MIT intitulé « Halte à la croissance ? » pointe pour la première fois la dangerosité de ce modèle pour la planète et alerte sur le caractère limité des ressources disponibles. Le terme « économie circulaire » est employé pour la première fois en 1990 par les économistes britanniques David Pearce et Kerry Turner. Il décrit l’idée selon laquelle un déchet peut redevenir une ressource, formant ainsi une boucle entre la chaîne de production et la chaîne de consommation. Par exemple, un vêtement usagé peut être réutilisé pour fabriquer la garniture d’un canapé, qui peut à son tour être transformée en laine d’isolation pour le bâtiment. Un même produit circule ainsi d’un usage à un autre.


Les dates clés

1989

Deux responsables de la recherche du constructeur automobile américain General Motors créent en 1989 la notion d’écologie industrielle, qui implique que les ressources consommées ou rejetées par une entreprise soient utilisées par d’autres. L’exemple le plus célèbre est celui de la ville de Kalundborg, au Danemark. Cette municipalité accueille des entreprises représentant plusieurs industries, qui ont depuis 50 ans noué des partenariats. Aujourd’hui, l’eau usée rejetée par la raffinerie est réutilisée pour refroidir la centrale énergétique, la vapeur générée par la centrale chauffe les habitants, certains de ses déchets servent de matière première à une entreprise de plâtre, etc. Ces échanges ont permis à la ville de réduire sa consommation en eau de plusieurs millions de mètres cubes par an, et de réaliser des économies annuelles d’au moins 15 millions de dollars par an, selon des travaux universitaires.

1992

L’une des méthodes les plus simples pour éviter la pollution par les déchets consiste à les recycler. En 1992, l’Assemblée nationale vote une loi qui oblige les communes à valoriser et recycler tous leurs déchets ménagers dans un délai de 10 ans. Jusqu’à cette date, leur seule obligation était de les collecter et les « éliminer ». Le taux de recyclage des déchets ménagers est passé de 27 % en 2005 à 45 % en 2015, selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), un établissement public. « La loi est mal appliquée et il existe encore aujourd’hui trop de décharges qui n’ont plus lieu d’être et qui restent ouvertes grâce à des dérogations préfectorales », regrette Béatrice Bellini, maître de conférences à l’Université Paris-Nanterre et spécialiste de l’économie circulaire. Les déchets ménagers représentent moins de 10 % des déchets produits chaque année en France. Le secteur de la construction en produit à lui seul plus de 70 %.

2000

En 2000, l’entreprise de pneumatiques Michelin introduit une offre destinée aux transporteurs routiers. Les clients n’achètent plus les pneus, mais paient une somme au kilomètre parcouru. En échange, l’entreprise leur fournit les pneumatiques et s’occupe de leur gonflage, de leur réparation et de leur remplacement. C’est un exemple de l’économie de fonctionnalité, l’une des solutions préconisées pour une économie circulaire. Elle consiste à remplacer la vente de biens par la vente de leur usage, c’est-à-dire une location. Elle peut avoir un effet positif sur le plan environnemental, car elle incite le fabricant à imaginer des produits réparables et plus durables. « Pour que le producteur ait un réel intérêt à améliorer la conception de ses produits, il faut que la location se fasse directement entre le fabricant et le consommateur, précise Béatrice Bellini. Un loueur de voitures, par exemple, ne fait pas partie de la sphère de l’économie de fonctionnalité, il vend simplement un service. »

2015

Le concept d’économie circulaire est inscrit dans la loi relative à la transition énergétique en 2015. Elle est reconnue comme un objectif national et comme l’un des piliers du développement durable. La loi fixe aussi comme objectif de découpler la croissance économique de la consommation de matières premières. Pour y parvenir, plusieurs mesures sont prises : interdiction des sacs de caisse en plastique, pénalisation de l’obsolescence programmée, obligation pour les grandes surfaces de donner leurs invendus alimentaires à des associations ou exigence d’information par les constructeurs sur la disponibilité des pièces détachées permettant de réparer leurs produits. Le Parlement européen a lui aussi adopté plusieurs textes législatifs sur l’économie circulaire qui fixent notamment des objectifs de recyclage des déchets.


À l’étranger

Avec 52 % de déchets ménagers recyclés et un taux de valorisation des déchets plastiques (recyclage et production d’énergie) qui atteint 99 %, les Pays-Bas font partie des pays européens les plus efficaces en la matière. Ils privilégient une politique qui ne s’appuie pas tant sur des obligations ou interdictions légales que sur des incitations. En 2011, ils mettent en place le système des « Green Deals ». Les entreprises s’engagent volontairement à atteindre des objectifs de développement durable. En échange, l’État les soutient en levant les obstacles qui pourraient freiner ces projets innovants : clarification de la réglementation, aide à la communication, facilitation d’accès aux marchés publics, etc. La France s’en est inspirée pour lancer en 2016 les « Engagements pour la croissance verte », qui fonctionnent sur le même principe.