30 avril 2018

Tout s'explique

La réintroduction contestée de l’ours dans les Pyrénées

Pourquoi les éleveurs manifestent-ils ?

Une manifestation d’opposants à un nouveau lâcher d’ours dans la partie occidentale des Pyrénées a rassemblé environ 1 200 personnes aujourd’hui à Pau (Pyrénées-Atlantiques). La mobilisation fait suite à l’intention affichée le 26 mars par le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, de faire réintroduire deux femelles dans les Pyrénées-Atlantiques, pour éviter la disparition de l’espèce alors que seuls deux ours mâles y survivent. Le reste des Pyrénées abrite 41 ours, issus de l’introduction en 1996, 1997 et 2006 d’ours slovènes. Selon le dernier rapport annuel de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), un établissement public, 162 attaques sur des animaux domestiques peuvent être attribuées à des ours en 2017. Elles ont tué ou blessé 464 bêtes, dont 209 moutons qui sont tombés d’une falaise en fuyant l’attaque d’un ours.

Comment sont indemnisés les dégâts causés par les ours ?

Les éleveurs qui soupçonnent l’ours d’être responsable d’une attaque sur leurs animaux peuvent demander une expertise auprès de l’ONCFS afin d’obtenir une indemnisation de la part de l’État. Les experts décident si l’attaque est imputable ou non à un ours ou si le cas est indéterminé. Dans cette dernière situation, l’affaire est transmise à une commission départementale rassemblant des représentants des éleveurs, des administrations et des associations sous la responsabilité du préfet. Elle peut indemniser les éleveurs lorsqu’elle considère qu’il existe un doute raisonnable sur la responsabilité de l’ours. L’indemnisation est calculée en fonction de la valeur de la bête, d’une à plusieurs centaines d’euros, et intègre une prime de « manque à gagner » tenant compte de la production attendue de l’animal.

Comment les relations entre ours et prédateurs se passent-elles ailleurs ?

Life Dinalp Bear, un projet européen financé principalement par la Commission européenne, étudie le comportement des ours en Croatie, où il recense 1 000 animaux, en Slovénie, où il en compte 500, ainsi qu’en Italie (une cinquantaine) et en Autriche (deux). 666 attaques ont donné lieu à des indemnisations dans les pays observés en 2016. Les autorités croates et slovènes autorisent les chasseurs à abattre un certain nombre d’ours chaque année pour réguler la population, la survie de l’animal n’étant pas menacée dans ces pays. Les auteurs du rapport 2017 de Life Dinalp Bear écrivent à propos de la situation en Croatie qu’une « tradition ininterrompue de vie avec les ours rend la cohabitation plus facile, car les habitants savent comment réduire les risques de dégâts causés au bétail ».