7 mai 2018

Tout s'explique

Crise au sein d’Air France

Quelles sont les conséquences du résultat de la consultation des salariés ?

Jean-Marc Janaillac, PDG d’Air France-KLM, a annoncé vendredi sa démission à la suite d’une consultation des salariés par laquelle 55,4 % des votants ont rejeté un projet d’accord salarial soumis par la direction. Lors de l’annonce de cette consultation, le 20 avril, il avait précisé qu’il démissionnerait en cas d’échec. La direction proposait une hausse de 2 % des salaires en 2018 puis de 5 % les trois années suivantes, tandis que l’intersyndicale regroupant 10 organisations réclame une augmentation de 5,1 % en 2018. Lancée fin février, la grève, qui en était à son 13e jour vendredi, se poursuit aujourd’hui et demain. La direction a estimé hier que 85 % des vols seraient assurés aujourd’hui. Les membres du conseil d’administration du groupe ont précisé samedi qu’une solution de « transition » serait annoncée le 15 mai pour le remplacement de Jean-Marc Janaillac.

Quel est le rôle joué par l’État ?

L’État est actionnaire de la compagnie à hauteur de 14 % et possède un droit de vote double. En effet, depuis une loi du 29 mars 2014, dite loi Florange, les actionnaires d’une société cotée en bourse qui conservent leurs titres pendant au moins deux ans bénéficient de droits de vote doubles, sauf si une décision contraire est adoptée par l’assemblée générale des actionnaires. Deux des 19 membres du conseil d’administration du groupe sont des représentants de l’État. Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a cependant fixé hier les limites du rôle que le gouvernement entend jouer. « Ceux qui pensent que l’État viendra à la rescousse et épongera les pertes d’Air France se trompent », a-t-il averti. Il a également estimé que la compagnie « disparaîtrait » si elle ne faisait pas « les efforts de compétitivité nécessaires ».

Quels ont été les résultats de la compagnie sous la direction de Jean-Marc Janaillac ?

Arrivé à la tête du groupe en 2016, Jean-Marc Janaillac s’était donné pour objectif de lutter contre la concurrence des compagnies à bas coût et des compagnies du Golfe. Air France-KLM a enregistré en 2017 un trafic de 99 millions de passagers (+5,6 % par rapport à 2016) et un résultat d’exploitation en hausse de 42 % en un an, en raison notamment d’une baisse du coût du carburant et d’une reprise de la demande. Cependant, le groupe a connu une perte au premier trimestre 2018, liée notamment aux premiers jours de grève. S’appuyant sur les bons résultats de 2017, les syndicats ne se sont pas satisfaits de la hausse des salaires de 1 % en 2018 annoncée par la direction, après sept ans de gel des augmentations générales. En octobre 2016, selon l’agence Reuters, Jean-Marc Janaillac avait déploré devant des journalistes allemands que la compagnie ne croisse pas « au rythme du secteur » et reste « à la traîne » de ses concurrents « en termes de compétitivité ».