17 mai 2018

Tout s'explique

Référendum contesté au Burundi

Quel est l’objet du référendum au Burundi ?

Les 4,8 millions d’électeurs burundais étaient appelés aujourd’hui à voter lors d’un référendum portant sur une révision constitutionnelle. Celle-ci vise en particulier à renforcer le pouvoir du président, Pierre Nkurunziza, à la tête de l’État depuis 2005. Elle prévoit de limiter à deux mandats de sept ans, contre deux mandats de cinq ans actuellement, le poste de président. Si elle est adoptée, elle permettra à Pierre Nkurunziza, dont le mandat court jusqu’à 2020, de se présenter à nouveau deux fois et potentiellement de se maintenir au pouvoir jusqu’en 2034. En 2015, il avait déjà obtenu de briguer un troisième mandat, autorisé par la Cour constitutionnelle, au motif que le premier était un mandat spécial dans le cadre de la période post-transition ayant suivi la guerre civile (1993-2005).

Pourquoi est-il contesté ?

La haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini, a déclaré la semaine dernière que le référendum pâtissait d’un « manque d’information officielle publique », plusieurs médias internationaux ayant été suspendus. Elle a affirmé que la campagne avait été marquée par un « climat persistant d’intimidation et de répression ». La Fédération internationale des droits de l’homme, qui rassemble 184 ONG de défense des droits humains, rappelle que le scrutin se déroule dans le cadre d’une « crise politique et sécuritaire » depuis la réélection de Pierre Nkurunziza en 2015 ayant entraîné un mouvement de contestation. Sa répression a fait au moins 1 700 morts, donné lieu à des arrestations arbitraires, des disparitions forcées et des actes de torture et conduit 400 000 personnes à fuir le pays, selon la Ligue burundaise des droits de l’homme. La Cour pénale internationale a ouvert en octobre une enquête sur ces exactions.

Comment fonctionne le système politique au Burundi ?

Le système politique du Burundi est jusqu’à présent basé sur l’accord d’Arusha, signé en Tanzanie en 2000, qui a permis de mettre fin à la guerre civile, centrée sur un conflit ethnique, et d’instaurer une période de transition démocratique. La Constitution de 2005 avait repris ses principes en instaurant un partage du pouvoir entre les deux principales ethnies du pays, les Hutus (environ 85 % de la population) et les Tutsis (environ 13 %). Elle prévoyait la présence de 60 % de Hutus et 40 % de Tutsis au gouvernement et à l’Assemblée nationale, ainsi que la parité au Sénat, dans l’armée et dans la police. Si la réforme est adoptée, c’est la première fois que la Constitution ne fera pas mention de cet accord. Elle prévoit d’instaurer la possibilité de revoir ou supprimer le système de quotas ethniques d’ici cinq ans.