19 mai 2018

On revient au début

Bande de Gaza, territoire en lutte

Depuis fin mars et jusqu’à mercredi, plusieurs dizaines de milliers de Palestiniens habitant la bande de Gaza ont participé chaque vendredi à une « marche du grand retour » le long de la frontière avec Israël. Ils réclamaient la fin du blocus et le droit de retourner vivre sur les terres que leurs familles ont fuies ou ont été obligées de quitter au moment de l’indépendance d’Israël, le 14 mai 1948. Ils protestaient également contre les conditions économiques et sanitaires dans le territoire et contre l’inauguration, lundi, de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem. 109 Palestiniens ont été tués par des soldats israéliens au cours de ces manifestations.


À l’origine

La bande de Gaza est un territoire de 40 km de long et de 6 à 12 km de large, environ trois fois la superficie de Paris, situé à l’ouest d’Israël et bordé par l’Égypte au sud et la mer Méditerranée à l’ouest. Près de 2 millions d’habitants y vivent. En 1947, lors de l’élaboration du plan de partage de la Palestine, elle fait partie des zones devant être intégrées à un nouvel État arabe. Après la guerre israélo-arabe de 1948 remportée par Israël, la bande de Gaza est administrée par l’Égypte. Israël s’en empare en 1967 pendant la guerre des Six Jours, où le pays quadruple la taille de son territoire en s’implantant également à Jérusalem-Est, en Cisjordanie, sur le plateau du Golan et dans le désert du Sinaï.


Les dates clés

1987

Le 6 décembre 1987, un officier israélien est assassiné à Gaza. Deux jours plus tard, un camion israélien percute une voiture et tue quatre Palestiniens. Considéré comme une vengeance par une partie de la population palestinienne, cet accident déclenche le 9 décembre la première intifada, un terme arabe qui signifie « soulèvement ». La révolte débute dans le camp de réfugiés de Jabaliya, dans le nord de Gaza, avant de s’étendre aux autres territoires reconnus par l’ONU comme occupés par Israël en Cisjordanie. Les Palestiniens réclament de meilleures conditions de vie et la création d’un État. Après ces affrontements, qui feront en six ans 1 162 morts côté palestinien et 160 morts côté israélien, selon l’organisation de défense des droits de l’Homme israélienne B’Tselem, les dirigeants des deux camps relancent le processus de paix et signent des accords de paix à Oslo (Norvège) en 1993.

2005

Israël décide unilatéralement de se retirer de la bande de Gaza en septembre 2005. Lorsqu’il annonce ce « plan de désengagement » en 2003, le Premier ministre israélien Ariel Sharon explique qu’il vise à améliorer la sécurité des Israéliens en réduisant les frictions et en soulageant l’armée. En application d’un plan de partage prévu par les accords d’Oslo, l’Autorité palestinienne était devenue souveraine sur une partie du territoire en 1994, mais l’armée israélienne restait présente et jusqu’à 7 800 Israéliens s’y étaient installés. Ils sont tous évacués en 2005. L’ONU considère toujours Gaza comme un territoire occupé, car l’espace aérien et les frontières demeurent sous le contrôle d’Israël. Les Palestiniens restent largement dépendants de leurs voisins, Israël et l’Égypte, pour des ressources de base comme l’eau ou l’électricité.

2007

Le Hamas, un mouvement islamiste considéré comme terroriste par Israël, l’Union européenne et les États-Unis, prend le contrôle intégral de la bande de Gaza en juin 2007 en remportant une victoire militaire contre les combattants du Fatah, le parti du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Cette victoire intervient après une année d’affrontements entre le Hamas, vainqueur des élections législatives palestiniennes en 2006, et le Fatah. L’Autorité palestinienne garde le contrôle de la Cisjordanie. Gaza subit depuis un blocus de la part d’Israël et de l’Égypte, opposés au Hamas pour des raisons de sécurité. Les deux tiers de la population avaient besoin d’aide humanitaire début 2017, selon un rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, et le taux de chômage atteignait 44 % en juin 2017 selon la Banque mondiale, un organisme de financement du développement.

2014

Israël lance en juillet 2014 l’opération « Bordure protectrice » dans la bande de Gaza, pour répliquer aux tirs de roquettes régulièrement effectués par le Hamas vers le territoire israélien. L’offensive, terrestre et aérienne, dure 51 jours. Elle fait plus de 2 000 morts palestiniens, dont une majorité de civils, et environ 70 morts israéliens, dont au moins six civils, selon l’ONU. Les forces israéliennes détruisent 32 tunnels creusés sous la frontière entre Gaza et Israël, dont 14 étaient achevés, conçus pour contourner le blocus ou pour mener des attaques. Les tirs de roquettes depuis la bande de Gaza avaient déjà poussé Israël à lancer deux précédentes opérations contre le Hamas en 2008-2009 et en 2012.


Les personnages

Ahmed Abu Artema. Inconnu il y a quelques mois, ce blogueur gazaoui âgé de 34 ans se présente comme l’instigateur de la « marche du grand retour » en 2018. C’est après une publication Facebook, dans laquelle il se demande ce qui se passerait si des milliers de Gazaouis décidaient de franchir la frontière en même temps, que naît l’idée d’étendre à plusieurs semaines la marche du retour, qui avait lieu lors d’une seule journée chaque année depuis 1998, et de la localiser le long de la frontière entre Gaza et Israël.

Ismaël Haniyeh. Premier ministre palestinien entre 2006 et 2007, avant les affrontements entre le Fatah et le Hamas, Ismaël Haniyeh a été élu à la tête du bureau politique du Hamas en 2017. Il a apporté son soutien à la marche de cette année qu’il a qualifiée de « populaire et pacifique », estimant qu’elle s’inscrivait dans « la continuité des précédentes intifadas ».

Benjamin Netanyahou. Premier ministre israélien depuis 2009, après un premier mandat entre 1996 et 1999, Benjamin Netanyahou est à la tête d’une coalition entre la droite et l’extrême droite. Il a félicité les soldats israéliens en avril et a accusé le Hamas de « pousser les civils, femmes, enfants, sur la ligne de tir dans l’objectif d’avoir des victimes » pour « mettre la pression sur Israël ».