2 juin 2018

On revient au début

La lutte contre l’obésité

L’Assemblée nationale a adopté mercredi en première lecture le projet de loi sur l’agriculture et l’alimentation, qui vise notamment à « promouvoir des choix alimentaires favorables pour la santé ». Cependant, les députés n’ont pas voté certains amendements destinés à renforcer la lutte contre l’obésité, comme l’interdiction des publicités pour les produits alimentaires trop gras, trop sucrés ou trop salés à destination des enfants. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), une agence de l’ONU, plus de 600 millions d’adultes dans le monde étaient obèses en 2014 et les problèmes de surpoids entraînent la mort d’au moins 2,8 millions de personnes chaque année.


Le concept

L’OMS définit l’obésité comme une maladie caractérisée par « une accumulation anormale de graisse corporelle qui peut nuire à la santé et réduire l’espérance de vie ». Elle peut entraîner des complications comme du diabète ou des maladies cardiovasculaires. L’OMS considère qu’une personne est obèse lorsque son « indice de masse corporelle », calculé en divisant le poids en kilos par le carré de la taille en mètres, dépasse 30. Pour une taille de 1,75 mètre, par exemple, le seuil se situe à 92 kilos. « Il peut exister des prédispositions génétiques à l’obésité, certaines personnes prenant plus de poids que d’autres avec un apport calorique identique. Mais les principaux facteurs sont une alimentation non équilibrée et un manque d’activité physique », explique à Brief.me Béatrice Morio-Liondore, directrice de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique et spécialiste de la prévention de l’obésité.


Les dates clés

1997

L’obésité est la première maladie non transmissible qualifiée d’épidémie mondiale par l’OMS en 1997, en raison de l’ampleur prise par le phénomène. Elle touche aussi bien les pays développés que non développés. Le nombre d’adultes obèses au plan mondial est ainsi passé de 105 millions en 1975 à plus de 250 millions en 1997, selon une étude publiée dans la revue scientifique The Lancet. L’OMS cite la proportion croissante de graisses consommées et la réduction du niveau d’activité physique comme les principales causes. En France, c’est à la fin des années 1990 que l’obésité a fortement progressé. Entre 1997 et 2012, la part de la population touchée est passée de 8 % à 15 %, selon une étude de l’institut de recherche et de conseil Kantar Health, un chiffre qui s’est stabilisé depuis.

2001

La France lance sa première grande politique nationale pour lutter contre le surpoids et l’obésité en 2001, avec la création du Programme national nutrition santé (PNNS). Son objectif est l’amélioration de l’état de santé de la population en agissant sur la nutrition, définie comme « l’équilibre entre les apports liés à l’alimentation et les dépenses occasionnées par l’activité physique ». En plus du financement de programmes de recherche, le PNNS met en place des campagnes d’informations comme le site manger-bouger.fr ou les messages appelant à consommer « cinq fruits et légumes par jour ». Lancé en janvier 2001, le PNNS a été prolongé en 2006 puis en 2011 et sa quatrième édition est en cours d’élaboration.

2012

Pour lutter contre les comportements alimentaires à risque, l’Assemblée nationale adopte une taxe sur « les boissons contenant des sucres ajoutés » qui entre en vigueur le 1er janvier 2012. Selon le projet de loi de finances pour 2012, elle vise, « en augmentant le prix de ces produits, à dissuader le consommateur et à l’orienter vers d’autres types de boissons ». Cette taxe augmente d’environ deux centimes d’euros le prix des canettes de boissons contenant du sucre ou des édulcorants. Une baisse des ventes de boissons n’a été observée que sur la seule année 2012, selon un rapport parlementaire publié en 2016. En octobre 2017, l’Assemblée nationale vote une modulation du montant de cette taxe en fonction du taux de sucre de la boisson.

2016

Le coût social de l’obésité et du surpoids en France est évalué à 20 milliards d’euros par an dans un rapport publié en septembre 2016 par la direction générale du Trésor, qui dépend du ministère de l’Économie et des Finances. Ce coût pour l’économie française, qui représente 1 % du PIB, est comparable à celui de l’alcool ou du tabac, selon le Trésor. Le coût pour les finances publiques représente environ la moitié de cette somme, principalement lié à des dépenses de santé. Le reste est en grande partie calculé en fonction de l’absentéisme des personnes en surpoids et de la plus faible insertion des femmes obèses sur le marché du travail.


L’analyse

Si l’obésité est une maladie qui touche l’ensemble de la population mondiale, elle frappe beaucoup plus durement les moins favorisés. « Selon le revenu et le niveau d’éducation, l’accès à une alimentation équilibrée est très inégalitaire », explique à Brief.me Béatrice Morio-Liondore. 25 % des femmes et 21 % des hommes dont le niveau d’études est inférieur au baccalauréat étaient obèses en France en 2015, contre 10 % et 12 % chez celles et ceux qui ont au moins le bac, selon une étude de l’Agence nationale de santé publique. Ces différences s’observent très tôt. En 2015, on comptait quatre fois plus d’obèses en CM2 chez les enfants d’ouvriers que chez les enfants de cadres, selon une étude du ministère de la Santé. De fortes disparités existent aussi sur le plan géographique, selon le développement économique des régions. Le taux d’obésité, qui atteint 25,6 % dans le Nord, se limite à 10,7 % à Paris et 13 % à Bordeaux.