14 juin 2018

Tout s'explique

Les députés argentins votent le droit à l’IVG

Comment les députés se sont-ils prononcés ?

Au terme de 23 heures de débats qui se sont poursuivis jusqu’au matin, les députés argentins ont adopté un projet de loi légalisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG) par 129 voix contre 123. Le texte l’autorise dans un délai de 14 semaines (il est de 12 semaines en France). Arborant des foulards verts, le symbole de leur cause, des milliers de partisans de la légalisation ont campé devant le bâtiment du Parlement jusqu’au vote final. Selon plusieurs enquêtes menées par l’université publique Tres de Febrero et par le journal Clarin, entre 58 % et 62 % des Argentins sont favorables à la légalisation de l’avortement. Le texte doit encore être approuvé par le Sénat. Jusqu’ici, l’IVG n’est autorisée dans le pays qu’en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. La loi, qui remonte à 1921, prévoit des peines comprises entre un et quatre ans de prison pour les femmes y ayant recours.

Comment le débat a-t-il émergé dans le pays ?

Depuis le retour de la démocratie en Argentine en 1983, six projets de loi pour légaliser l’avortement ont été rejetés. En 2012, la Cour suprême a autorisé l’IVG pour les femmes ayant subi un viol. En mars, poussé par la mobilisation populaire autour d’un réseau d’associations, le président de centre droit Mauricio Macri, au pouvoir depuis décembre 2015, a autorisé le débat au Parlement, tout en se prononçant contre la légalisation à titre personnel. En huit ans de mandat, l’ex-présidente Cristina Kirchner (gauche), qui avait défendu la loi autorisant le mariage homosexuel votée en 2010, n’avait jamais soutenu une telle initiative. Selon les estimations du ministère de la Santé argentin, entre 350 000 et 450 000 femmes interrompent leur grossesse chaque année dans le pays et près de 50 000 femmes ont subi en 2016 des complications à la suite d’un avortement clandestin.

Quelle est la situation dans le reste de l’Amérique latine ?

Seuls deux pays en Amérique latine ont légalisé l’IVG, l’Uruguay, en 2012, et Cuba, qui l’a fait entrer dans sa législation dès 1965. Au Mexique, il n’est autorisé que dans la ville de Mexico depuis 2007. Plusieurs pays l’autorisent néanmoins dans des cas tels que le viol ou le danger pour la vie de la mère. L’avortement est totalement interdit en République dominicaine, au Honduras, au Nicaragua et au Salvador. Dans ce dernier pays, l’avortement est passible de 30 ans de prison. Au Chili, où l’IVG avait été interdite en 1989 pendant la dictature du général Pinochet, elle a été autorisée en cas de viol ou de danger pour la mère en 2017.