18 juin 2018

Tout s'explique

Le nouveau président colombien inquiète les Farc

Qui a été élu président en Colombie ?

Le candidat de droite Ivan Duque a remporté hier le second tour de l’élection présidentielle colombienne avec 54 % des suffrages, contre 41,7 % pour son adversaire Gustavo Petro, premier candidat de gauche ayant franchi le premier tour d’une élection présidentielle. Âgé de 41 ans, Ivan Duque, qui s’est décrit pendant sa campagne comme « conservateur », a travaillé 12 ans aux États-Unis et a obtenu son premier mandat politique en 2014 en étant élu au Sénat. Il succèdera le 7 août à Juan Manuel Santos (centre droit) qui ne pouvait pas se représenter après deux mandats consécutifs. Le nouveau chef de l’État est soutenu par Alvaro Uribe, qui a dirigé le pays entre 2002 et 2010, mais s’est défendu pendant la campagne d’être sa « marionnette », en réponse à une critique de l’opposition.

Pourquoi l’accord de paix signé avec les Farc est-il menacé ?

Ivan Duque a promis hier d’apporter des « rectifications » à l’accord de paix signé en 2016 par Juan Manuel Santos avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), afin « que les victimes soient au centre du processus, pour garantir vérité, justice et réparation ». Tout comme Alvaro Uribe, Ivan Duque s’était prononcé contre l’accord de paix en 2016. Cet accord, qui mettait fin à une guerre civile de 52 ans, prévoyait le désarmement des combattants et une amnistie pour les auteurs des crimes les moins graves. Il garantissait aux Farc 10 sièges au Parlement pendant huit ans. Dans un communiqué, les Farc, devenus une formation politique traditionnelle, ont réclamé « une paix intégrale, qui nous mène vers la réconciliation attendue » et ont critiqué les intentions du vainqueur : « Contourner cet objectif ne peut être un programme de gouvernement. »

Quelles ont été les conséquences de l’accord de paix ?

En mars 2018, pour leur première participation à une élection depuis la signature de l’accord de paix, les Farc ont obtenu 0,35 % des voix au Sénat et 0,22 % des voix à la Chambre des représentants. Le taux d’homicide dans le pays a atteint son plus bas niveau l’an passé depuis 42 ans, selon l’ONU. Mais l’organisation humanitaire Amnesty International a alerté en avril, dans un communiqué, sur le « vide laissé au niveau du pouvoir » dans les régions que contrôlaient les Farc avant 2016 et sur « l’inaction de l’État s’agissant de renforcer sa présence » dans ces territoires. Ce vide est selon elle comblé par d’autres groupes armés, ce qui explique « une hausse des menaces et des homicides » visant des responsables au sein de la société et des militants des droits humains. 144 homicides ont été commis contre des défenseurs des droits de l’homme en 2016 et en 2017, selon l’ONU.