19 juin 2018

Tout s'explique

Rapprochement franco-allemand sur l’Europe

Sur quoi Emmanuel Macron et Angela Merkel se sont-ils mis d’accord pour réformer l’UE ?

Emmanuel Macron s’est entretenu aujourd’hui avec la chancelière allemande, Angela Merkel, dans le cadre d’un conseil des ministres franco-allemand organisé au château de Meseberg, au nord de Berlin. Cette rencontre visait à trouver des positions communes entre la France et l’Allemagne pour réformer l’Union européenne, en vue du Conseil européen (réunion des chefs d’État et de gouvernement) des 28 et 29 juin. Lors d’une conférence de presse commune, Angela Merkel a approuvé la proposition d’Emmanuel Macron de créer un budget de la zone euro, comprenant un budget d’investissement, mais sans fixer de montant. Ils ont également affirmé leur volonté de renforcer la coopération européenne en matière de défense.

Quelle solution envisagent-ils pour résoudre la crise migratoire européenne ?

L’ordre du jour du prochain Conseil européen intègre la question des migrations. Ces discussions interviennent après la gestion du navire Aquarius de l’ONG SOS Méditerranée, avec 630 migrants à bord, que l’Italie a refusé d’accueillir et qui a accosté en Espagne dimanche. Emmanuel Macron et Angela Merkel proposent de renforcer les actions européennes à l’égard des pays d’origine et de transit des migrants, en particulier la Libye. Ils appuient une proposition de la Commission européenne visant à renforcer les moyens de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes Frontex. Ils proposent d’harmoniser la politique de l’asile au niveau européen et de réviser le règlement Dublin III, signé en 2013, qui prévoit qu’une demande d’asile soit étudiée dans le premier pays où un migrant a été enregistré, sans pour autant préciser les modalités de cette révision.

Quelles pressions internes pèsent sur la chancelière ?

Le ministre de l’Intérieur allemand, Horst Seehofer, a donné hier deux semaines à Angela Merkel pour trouver une solution à la crise migratoire au niveau européen, sous peine d’ordonner la fermeture des frontières allemandes aux demandeurs d’asile enregistrés dans un autre pays. Angela Merkel l’a contredit, précisant qu’il n’y aurait aucune fermeture « automatique », même en cas d’échec au niveau européen. Selon la Constitution allemande, chaque ministre dirige son département de façon autonome. Mais si Horst Seehofer prend le décret qu’il a présenté, il s’expose à ce que la chancelière propose sa révocation au président allemand. Son départ du gouvernement remettrait en cause la coalition au pouvoir, composée de l’alliance des partis conservateurs CDU et CSU avec le parti social-démocrate SPD. Horst Seehofer dirige la CSU bavaroise, avec laquelle la CDU d’Angela Merkel est associée au niveau national depuis 1949.