25 juin 2018

Tout s'explique

Victoire électorale pour Erdogan en Turquie

Quels sont les résultats du scrutin présidentiel et législatif turc ?

59,3 millions d’électeurs turcs étaient appelés à voter hier lors des élections législatives et présidentielle, dont l’organisation avait été avancée d’un an et demi par le président Recep Tayyip Erdogan en avril. Celui-ci a été réélu lors de ce premier tour avec 53 % des voix, contre 31 % pour Muharrem Ince, candidat du parti social-démocrate CHP. L’AKP, le parti islamo-conservateur dirigé par Recep Tayyip Erdogan, a remporté les législatives avec 43 % des voix et s’assure une majorité au Parlement grâce à l’alliance nouée avec le parti nationaliste MHP, qui a obtenu 11 % des suffrages. La coalition d’opposition – constituée du CHP, de nationalistes et d’islamo-conservateurs – a obtenu 34 % des suffrages. Le parti prokurde HDP obtient 12 % des voix, dépassant le seuil de 10 % nécessaire pour être représenté au Parlement.

Comment la campagne s’est-elle déroulée pour l’opposition ?

En février 2017, le gouvernement a décidé, dans le cadre de l’état d’urgence instauré en juillet 2016 après une tentative de coup d’État, d’abolir les amendes auxquelles les chaînes de télévision sont soumises en cas d’entrave à l’égalité du temps de parole accordé aux candidats à une élection. La campagne pour les élections législatives et présidentielle a été très inégale entre les candidats. Seuls les discours de Recep Tayyip Erdogan ont été retransmis sur les chaînes publiques, parfois en intégralité. Selahattin Demirtas, candidat du parti prokurde HDP, a fait campagne depuis sa cellule, après avoir été emprisonné fin 2016 en raison de soupçons de propagande terroriste. Malgré les entraves, Muharrem Ince, principal adversaire de Recep Tayyip Erdogan, a réuni plusieurs centaines de milliers de personnes lors de différents rassemblements.

De quels pouvoirs Recep Tayyip Erdogan va-t-il disposer ?

Recep Tayyip Erdogan se maintient à la tête de l’État pour un mandat de cinq ans, 15 ans après avoir accédé au pouvoir en tant que Premier ministre. En avril 2017, il avait proposé un référendum, validé par 51 % des votants, visant à modifier la Constitution pour faire passer le pays d’un régime parlementaire à un régime présidentiel. Grâce à cette réforme, qui s’applique à partir de ce nouveau mandat, le président turc concentre désormais l’essentiel du pouvoir, le poste de Premier ministre ayant été supprimé. Il a également de l’autorité sur une grande partie du pouvoir judiciaire, puisqu’il nomme 12 des 15 membres de la Cour constitutionnelle et 6 des 13 membres du Haut Conseil des juges et procureurs, qui nomme les magistrats. Le gouvernement n’est plus responsable devant le Parlement.