27 juin 2018

Tout s’explique

Condamnation des militants du Rif marocain

Quelle décision a rendue la justice marocaine ?

La chambre criminelle de la cour d’appel de Casablanca a condamné hier soir quatre militants d’un mouvement de contestation sociale organisé d’octobre 2016 à l’été 2017 dans le Rif, une région du nord-est du Maroc, à 20 ans de prison pour « complot visant à porter atteinte à la sécurité de l’État ». 49 autres personnes se sont vues infliger des peines allant d’un à 15 ans de prison. Les prévenus avaient boycotté les dernières audiences pour protester contre la « partialité de la justice ». L’association marocaine de défense des droits de l’homme AMDH a dénoncé un « simulacre de justice ». « Les peines sont très légères par rapport à ce que prévoit la loi », a de son côté estimé Mohamed Karout, avocat représentant l’État, l’atteinte à la sécurité de l’État étant passible de la peine de mort, même si aucune exécution n’a eu lieu au Maroc depuis 1993.

Comment avait commencé le mouvement de contestation ?

Le Rif a connu un mouvement de révolte d’ampleur à partir d’octobre 2016, après la mort d’un vendeur de poisson de 31 ans tué alors qu’il tentait de récupérer dans une benne à ordures la cargaison d’espadon que lui avaient confisquée les autorités pour ne pas avoir respecté la période de pêche. Pendant sept mois, des manifestations rassemblant plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont succédé pour réclamer au gouvernement marocain une aide au développement économique du Rif, une région à « très faible niveau de développement », selon un rapport publié l’an dernier par l’Observatoire national du développement humain, un organisme gouvernemental. D’abord tolérées, les manifestations ont été réprimées à partir de mai 2017 par les forces de l’ordre qui ont arrêté Nasser Zefzafi, un chômeur de 39 ans devenu la principale figure du mouvement.

Quelles difficultés connaît la région du Rif ?

Dépourvu d’université, sous-équipé en infrastructures médicales, le territoire du Rif souffre d’un niveau de chômage élevé. Ses « seules ressources sont l’argent de l’émigration, de la contrebande, la culture et le trafic de haschich », déclarait en mai 2017 à Libération le chercheur Pierre Vermeren, spécialiste des mondes arabe et berbère à l’université Paris-I. Le Rif a brièvement été proclamé république indépendante dans les années 1920 à l’issue de combats contre les troupes espagnoles qui l’occupaient. D’autres soulèvements populaires avaient été violemment réprimés par le pouvoir marocain dans la région à la fin des années 1950 et en 1984.