12 juillet 2018

Tout s'explique

Violente répression au Nicaragua

Comment a débuté le mouvement de protestation au Nicaragua ?

La Commission interaméricaine des droits de l’homme, qui dépend de l’Organisation des États américains, regroupant 35 pays du continent américain, a annoncé hier que la répression des manifestations au Nicaragua avait fait 264 morts et plus de 1 800 blessés depuis mi-avril. Le mouvement de protestation est parti de la signature, le 18 avril, d’un décret présidentiel augmentant les cotisations retraites des salariés et des employeurs et réduisant le montant des pensions. Les manifestations ont continué en dépit de la décision du président nicaraguayen, Daniel Ortega, de retirer la réforme des retraites le 22 avril. Malgré la violence exercée par la police et des groupes de soutien du parti au pouvoir, des rassemblements se sont poursuivis et l’opposition a appelé à une grève générale demain pour réclamer le départ du président.

Quelle est la situation économique du pays ?

Le président nicaraguayen souhaitait mettre en place la réforme des retraites à l’origine des manifestations pour réduire le déficit de la Sécurité sociale, sur recommandation du Fonds monétaire international. Pays d’un peu plus de 6 millions d’habitants, situé en Amérique centrale, le Nicaragua connaît un taux de croissance de près de 5 % depuis 2010, mais il reste l’un des moins développés du continent américain, selon l’Indice de développement humain calculé par le Programme des Nations unies pour le développement à partir du PIB par habitant, de l’espérance de vie à la naissance et du niveau d’éducation des enfants de 15 ans et plus. Le Nicaragua est très dépendant de l’aide internationale, qui a représenté en 2013 plus de 11 % du PIB, rappelle le site de la direction générale du Trésor français. Près de la moitié de l’assistance reçue par le pays vient du Venezuela, qui est actuellement lui aussi en crise.

Depuis quand Daniel Ortega est-il au pouvoir ?

Les manifestants réclament que la date de la prochaine élection présidentielle soit avancée de 2021 à 2019. Au pouvoir depuis 2006, Daniel Ortega a été réélu en novembre 2016 avec plus de 72 % des suffrages pour un nouveau mandat de cinq ans après avoir fait modifier la Constitution pour lever toute limite au nombre de mandats successifs du chef de l’État. Il dirige le pays depuis bientôt deux ans avec sa femme comme vice-présidente. Daniel Ortega avait déjà exercé le pouvoir de 1979 à 1990 après avoir combattu au sein d’un mouvement de guérilla de gauche, le Front sandiniste de libération nationale, et chassé le dictateur Anastasio Somoza. Battu à l’élection présidentielle de 1990, il avait continué à se présenter à tous les scrutins suivants jusqu’à remporter celui de 2006.