13 juillet 2018

Tout s'explique

Chute de Deraa, ville symbole de la rébellion syrienne

Quelle est la situation du conflit à Deraa ?

L’armée syrienne a célébré hier la reprise de la ville de Deraa, dans le sud-ouest du pays. Elle a symboliquement hissé le drapeau national sur un bâtiment en ruines du centre-ville tenu jusqu’ici par les rebelles, qui ont adopté en 2011 le drapeau en vigueur avant l’arrivée au pouvoir de la famille Assad. L’armée syrienne avait lancé le 26 juin une offensive contre les quartiers rebelles de la ville, avec l’appui de l’aviation russe. Une unité de l’armée russe chargée des négociations de cessez-le-feu en Syrie a conclu le 6 juillet un accord avec les groupes rebelles. Ces derniers doivent abandonner leur armement, à l’exception de l’artillerie légère, et accepter le retour de l’État à Deraa ou bien partir pour Idleb, dans le nord-ouest du pays, toujours sous contrôle des rebelles.

Pourquoi la ville de Deraa est-elle un symbole ?

C’est à Deraa qu’ont commencé les premières manifestations d’opposition au régime du président syrien, Bachar el-Assad. Fin février 2011, des adolescents ont tagué sur un mur de la ville un message prédisant au chef de l’État qu’il devrait bientôt quitter le pouvoir comme ses homologues tunisien et égyptien tout juste écartés par des soulèvements populaires. L’arrestation des adolescents, leur torture, puis la répression des manifestations organisées pour demander leur libération ont donné lieu à un soulèvement armé qui s’est répandu dans le pays. La guerre civile qui dure depuis plus de sept ans a fait plus de 400 000 morts, selon l’ONU. Deraa se situe à proximité de la frontière avec la Jordanie et du plateau du Golan, dont la partie occidentale est occupée par Israël depuis 1967.

Comment se répartissent les forces en Syrie ?

L’armée syrienne a désormais repris le contrôle de 60 % du territoire, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, une organisation basée au Royaume-Uni proche de l’opposition et disposant d’un réseau d’informateurs sur le terrain. L’essentiel des troupes rebelles se concentre dans la province d’Idleb, qui a accueilli les opposants au régime de Bachar el-Assad après la reprise par l’armée d’Alep-Est en décembre 2016 et de la Ghouta orientale, dans la banlieue de Damas, en avril dernier. Comme le montre une carte mise en ligne par le site d’information qatari Al Jazeera, le nord de la Syrie est essentiellement contrôlé par les troupes kurdes, qui ont toutefois perdu une partie de ce territoire après une offensive menée depuis janvier par la Turquie et des combattants rebelles. Le groupe État islamique a perdu la quasi-totalité de son territoire en Syrie, mais y a mené plusieurs attaques terroristes depuis le début de l’année.