25 juillet 2018

Tout s'explique

Un nouveau retard pour l’EPR de Flamanville

Pourquoi la mise en service de l’EPR de Flamanville est-elle reculée ?

EDF a annoncé aujourd’hui le report de la mise en service du réacteur EPR de Flamanville, dans la Manche. Prévu d’ici fin 2018, le lancement de ce réacteur « de troisième génération », plus puissant que ses prédécesseurs, est décalé d’un an. EDF affirme avoir contrôlé 148 des 150 soudures du circuit fermé qui conduit de la vapeur vers une turbine. Or, 33 d’entre elles « présentent des écarts de qualité » et doivent « faire l’objet d’une réparation ». 30 autres soudures nécessitent également des vérifications ou seront refaites. L’Autorité de sûreté du nucléaire, une agence publique indépendante, affirme dans un courrier adressé hier à EDF avoir eu connaissance des premiers écarts de qualité sur des soudures début 2017. Elle demande à l’entreprise de mettre en place « une organisation et une surveillance permettant d’éviter la répétition » de ces écarts.

Qu’implique ce report ?

Le chantier de l’EPR de Flamanville a été lancé en 2007, pour une mise en service prévue en 2012. Le retard supplémentaire annoncé aura un impact sur le coût du chantier, déjà largement revu à la hausse. Alors qu’elle l’avait estimé à 3,3 milliards d’euros au début des travaux, EDF l’a réévalué aujourd’hui à 10,9 milliards d’euros. Le report a également des conséquences sur la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin), comme l’a rappelé aujourd’hui le secrétaire d’État à la Transition écologique et solidaire, Sébastien Lecornu. L’ancien président François Hollande avait promis, lors de la campagne pour son élection en 2012, qu’il fermerait d’ici fin 2016 cette centrale, en service depuis 1978 et la plus ancienne du parc nucléaire français. Un accord a finalement été trouvé avec EDF en 2017, conditionnant cette fermeture à la mise en service de l’EPR de Flamanville.

Pourquoi les retards s’accumulent-ils ?

Les retards dans la mise en service de l’EPR de Flamanville sont liés à la mise à l’arrêt à plusieurs reprises du chantier, ainsi qu’à des contraintes techniques associées à ce type de réacteur. L’EPR est censé pouvoir résister à toute agression externe, y compris le crash d’un avion de ligne, et ne rien laisser échapper en cas de fusion du cœur du réacteur. Des anomalies sur la structure en béton ont néanmoins été constatées dès 2008, entraînant la suspension des travaux pendant un mois. Le chantier a été arrêté pendant neuf semaines après la mort d’un ouvrier en 2011, conduisant à l’instauration de nouvelles mesures de sécurité. Une autre anomalie a été repérée en 2015 sur la cuve du réacteur. Un seul EPR a pour l’instant été mis en service, en Chine début juin, plus de quatre ans après la date annoncée. Les autres actuellement en construction, en Finlande et au Royaume-Uni, accumulent également des retards.