26 juillet 2018

Tout s'explique

L’ONU s’inquiète de la situation au Cameroun

Quelle situation dénonce l’ONU au Cameroun ?

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a exprimé hier sa « profonde inquiétude » concernant la situation au Cameroun, où ont lieu depuis fin 2016 des manifestations dans les régions anglophones du pays. Il explique avoir accès à des « informations persistantes faisant état de violations des droits de l’homme et d’abus commis » dans ces régions, ainsi que dans le nord, où sévit régulièrement le groupe terroriste Boko Haram. Il s’appuie sur des rapports témoignant « d’enlèvements, d’assassinats ciblés contre la police et les autorités locales, de destructions d’écoles » et pointant des exactions commises par les forces gouvernementales. Zeid Ra’ad Al Hussein réclame un accès à ces régions pour que l’ONU puisse enquêter, ce que le gouvernement camerounais lui a refusé jusqu’ici.

Que représente la minorité anglophone au Cameroun ?

Le Cameroun compte 23,8 millions d’habitants, selon le bureau de recensement du pays, dont environ 20 % sont anglophones. La population anglophone vit principalement dans les régions de l’ouest, à la frontière avec le Nigeria. L’Allemagne a colonisé à la fin du XIXe siècle le territoire correspondant actuellement à celui du Cameroun. La Société des Nations, devenue depuis l’ONU, a confié en 1922 la partie orientale à la France et la partie occidentale au Royaume-Uni. Le Cameroun français et le Cameroun britannique sont devenus indépendants respectivement en 1960 et en 1961 et ont été réunis au sein d’une République fédérale, avant que le pays soit unifié en 1972. Ce partage explique pourquoi l’anglais est aujourd’hui l’une des deux langues officielles du pays, employée par l’administration, l’enseignement et les médias.

Dans quel contexte est née la crise ?

Les protestations ont débuté fin 2016, lorsque des avocats, des enseignants et des étudiants ont reproché aux autorités d’imposer un recours de plus en plus important au français dans les systèmes éducatif et judiciaire des régions anglophones. Les manifestations se sont multipliées pour dénoncer les discriminations dont les anglophones estiment faire l’objet et pour réclamer davantage d’autonomie. Le 1er octobre 2017, des séparatistes ont proclamé leur indépendance vis-à-vis du pouvoir central. 17 personnes ont été tuées par les forces de sécurité lors de cette journée de mobilisation. En février, le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, a estimé dans un discours retransmis à la télévision que la situation s’était « stabilisée » dans les régions anglophones. Selon l’ONU, cette crise a conduit 21 000 personnes à se réfugier dans les pays voisins et a fait 160 000 déplacés à l’intérieur du pays.