13 août 2018

Tout s'explique

Monsanto condamné dans le procès du glyphosate

Pourquoi Monsanto a-t-il été condamné ?

Un jury californien a condamné vendredi l’entreprise d’agrochimie Monsanto à verser 289 millions de dollars (253 millions d’euros) à Dewayne Johnson, un jardinier scolaire qui est selon ses avocats en phase terminale d’un cancer du système lymphatique, pour ne pas l’avoir informé de la dangerosité de ses herbicides Roundup et Ranger Pro, dont le principe actif est le glyphosate. Le jugement s’appuie notamment sur les « Monsanto Papers », des documents internes de la société rendus publics en 2017 par la justice américaine. Monsanto, propriété depuis juin du groupe pharmaceutique allemand Bayer, a annoncé faire appel de ce premier jugement. Il est confronté aux États-Unis à plus de 5 000 procédures similaires, selon le New York Times. Le glyphosate, passé dans le domaine public en 2000 et produit depuis par de nombreuses entreprises, est l’herbicide le plus employé dans le monde.

Quelles restrictions s’appliquent à l’usage du glyphosate ?

Le Sri Lanka a voté en 2015 l’interdiction du glyphosate, avant de l’autoriser de nouveau dans les cultures de thé et de caoutchouc. Plusieurs municipalités argentines ont pris des ordonnances pour limiter les zones d’épandage du glyphosate. En France, son utilisation est interdite dans les espaces publics depuis le 1er janvier 2017 et le sera pour les particuliers à partir du 1er janvier prochain. L’Union européenne a renouvelé le 27 novembre pour cinq ans l’autorisation du glyphosate sur son territoire, ce qui n’empêche pas les États membres de prendre des mesures spécifiques s’ils le souhaitent. Le Centre international de recherche sur le cancer, qui dépend de l’Organisation mondiale de la santé, a classé le glyphosate « cancérogène probable » en mars 2015, mais les agences de régulation de plus de 160 pays approuvent l’utilisation de cet herbicide.

Par quoi le glyphosate peut-il être remplacé ?

Le succès du glyphosate tient à son efficacité, sa facilité d’utilisation et son faible coût. En France, selon une étude de l’institut Ipsos pour un groupement d’entreprises de l’industrie chimique, les deux tiers des agriculteurs utilisent le glyphosate, un taux qui atteint même 85 % pour les grandes exploitations et 84 % en viticulture. En novembre, un rapport commandé par le gouvernement et réalisé par l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) citait comme alternatives possibles le désherbage mécanique, le recours au bâchage ou à la couverture des sols à l’aide de paille, le labour et même, pour les mauvaises herbes qui résisteraient aux traitements naturels, le recours pendant une période de transition à des « herbicides homologués ». L’Inra précisait que la sortie du glyphosate impliquait de combiner plusieurs de ces techniques et que les freins concernaient principalement le surcoût induit par cette évolution, même s’il se réduirait avec la généralisation des nouveaux usages.