14 août 2018

Tout s'explique

Les Roumains manifestent contre le gouvernement

Pourquoi les Roumains se mobilisent-ils ?

Depuis vendredi, des milliers de Roumains ont manifesté chaque soir dans plusieurs villes du pays pour demander la démission du gouvernement social-démocrate (PSD), qu’ils accusent de corruption. Le rassemblement de vendredi à Bucarest a été marqué par des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre au cours desquels 450 personnes ont été blessées, dont une trentaine de gendarmes. Le Parquet militaire roumain a annoncé hier avoir ouvert une enquête sur les violences commises contre les manifestants par les gendarmes. La Roumanie a connu d’importantes manifestations depuis le retour au pouvoir du PSD en janvier 2017. L’ONG Transparency international a attribué au pays une note de 48 sur 100 dans son indice de perception de la corruption 2017 réalisé à partir de travaux d’analystes et d’enquêtes d’opinion menées auprès de dirigeants d’entreprise. La Nouvelle-Zélande, en tête, y obtient 89 sur 100.

Pourquoi les manifestants accusent-ils le gouvernement de corruption ?

Les manifestants dénoncent des décisions qui affaiblissent la législation anticorruption, comme l’adoption le 5 juillet d’un nouveau Code pénal qui prévoit la dépénalisation partielle de l’abus de pouvoir. Désormais, un fonctionnaire sera puni seulement si l’avantage est « indu pour lui-même ou un membre de sa famille » et non plus pour un tiers. Plusieurs membres du PSD sont impliqués dans des affaires, dont le président du parti, Liviu Dragnea, condamné pour fraude électorale en 2016 et pour abus de pouvoir en juin. Début 2017, le gouvernement a renoncé à un décret prévoyant de rendre l’abus de pouvoir passible de peines de prison uniquement s’il provoque un préjudice supérieur à 44 000 euros, un montant supérieur à celui de l’affaire concernant Liviu Dragnea. Le projet avait suscité les plus grandes manifestations publiques en Roumanie depuis celles ayant provoqué la chute du régime de Nicolae Ceausescu en 1989.

Qu’avait fait la Roumanie pour lutter contre la corruption ?

Dans un rapport publié en juillet 2017, Transparency international notait que la Roumanie, qui a rejoint l’Union européenne en 2007, avait fait « des progrès lents mais réguliers » en matière de lutte contre la corruption, notamment grâce à son parquet anticorruption, la DNA, créé en 2002. En 2014, un rapport de la Commission européenne louait les « résultats remarquables » obtenus par la DNA. Dans son rapport annuel 2017, ce parquet anticorruption expliquait avoir poursuivi, entre autres, trois ministres, un sénateur, cinq députés, 49 maires ou encore 23 directeurs d’institutions publiques. À la suite d’une procédure engagée par le gouvernement, la procureure en chef de la DNA, Laura Codruta Kövesi, a été limogée le 9 juillet dernier. Le gouvernement l’accusait d’« outrepasser ses pouvoirs » et de « nuire à l’image » de la Roumanie à l’étranger.