16 août 2018

Tout s'explique

La Turquie augmente les droits de douane de produits américains

Pourquoi la Turquie a-t-elle décidé d’augmenter ses droits de douane ?

Un décret signé par le président turc, Recep Tayyip Erdogan, impose depuis hier un doublement des droits de douane sur plusieurs produits américains. Ils atteignent désormais 140 % pour les boissons alcoolisées, 120 % pour les véhicules de tourisme ou encore 60 % pour le tabac. Le riz, le charbon et les cosmétiques sont également visés. Selon le vice-président turc, Fuat Oktay, cette décision a été prise « en représailles » après l’annonce vendredi par le président américain, Donald Trump, d’un doublement des droits de douane sur l’importation aux États-Unis d’aluminium et d’acier turcs. L’annonce américaine a affaibli la livre turque, déjà fragilisée – elle avait perdu 31 % de sa valeur face au dollar depuis le 1er janvier. Cette dépréciation accroît l’endettement des entreprises turques, qui empruntent largement en devises étrangères, et l’inflation, ce qui réduit le pouvoir d’achat des ménages.

Quelle est l’origine de cette discorde ?

Le 26 juillet, Donald Trump a demandé la libération d’Andrew Brunson, un pasteur américain installé en Turquie depuis 23 ans. Arrêté en octobre 2016 pour terrorisme et espionnage – des accusations qu’il nie –, Andrew Brunson a été emprisonné avant d’être assigné à résidence le mois dernier à la suite de problèmes de santé. Les autorités turques l’accusent d’être lié au mouvement du prédicateur musulman Fethullah Gülen, un ancien allié de Recep Tayyip Erdogan devenu l’un de ses principaux opposants. La Turquie réclame depuis deux ans l’extradition de cet intellectuel exilé en Pennsylvanie depuis 1999 qu’elle soupçonne d’avoir fomenté le coup d’État manqué contre le président turc le 15 juillet 2016. Les États-Unis ont refusé de livrer Fethullah Gülen à la Turquie car ils estiment ne pas avoir reçu de preuves de son implication directe.

Quels soutiens internationaux cherche le président turc ?

L’émir qatari, Tamim ben Hamad Al Thani, a promis hier d’investir 15 milliards de dollars dans l’économie turque. En juin 2017, la Turquie avait soutenu le Qatar lorsque l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Égypte et Bahreïn avaient mis en place un embargo contre l’émirat, accusé d’aider des groupes terroristes. La Turquie avait signé des accords économiques avec le Qatar et s’était engagée à envoyer des troupes dans le pays en cas d’action militaire, notamment saoudienne. Recep Tayyip Erdogan, qui s’est rapproché de la Russie ces derniers mois, cherche également à renouer des liens avec les dirigeants européens, avec lesquels les relations se sont dégradées depuis deux ans. La Turquie a libéré mardi deux soldats grecs détenus depuis mars pour « espionnage » et hier le président de l’ONG Amnesty International en Turquie, incarcéré depuis juin 2017 pour appartenance au réseau de Fethullah Gülen. Recep Tayyip Erdogan a appelé hier la chancelière allemande, Angela Merkel, et aujourd’hui le président français, Emmanuel Macron.