17 août 2018

Tout s'explique

Enquête après l’effondrement d’un pont à Gênes

Qu’ont entrepris les autorités italiennes depuis l’accident ?

Le gouvernement italien a ouvert hier soir une enquête sur Autostrade per l’Italia, la société chargée de la gestion du pont Morandi de Gênes, dont l’effondrement mardi a entraîné la mort d’au moins une trentaine de personnes. Pour le vice-Premier ministre Luigi Di Maio, le viaduc s’est écroulé « parce que la maintenance n’a pas été faite ». Le pont était analysé « à un rythme trimestriel », a assuré la direction d’Autostrade per l’Italia. L’entreprise a précisé que des travaux de consolidation étaient en cours sur la base de ce viaduc édifié dans les années 1960. Un audit confidentiel réalisé en novembre par des experts de l’École polytechnique de Milan à la demande d’Autostrade per l’Italia et révélé aujourd’hui par deux médias italiens pointait des problèmes de stabilité du pont. Mercredi, Danilo Toninelli, le ministre des Transports, a annoncé un audit général des ponts et des tunnels italiens.

Y a-t-il eu des précédents en Italie ?

Avant le viaduc Morandi, 10 ponts s’étaient effondrés en cinq ans en Italie, causant la mort de sept personnes. Le réseau italien, caractérisé par une succession de ponts et de tunnels édifiés pour la plupart il y a plus de 50 ans, compte plus de 20 000 km de routes, gérées par la société publique Anas, et plus de 6 500 km d’autoroutes, majoritairement concédées à des sociétés privées, comme Autostrade per l’Italia. L’entretien et la modernisation du réseau nécessitent, d’après l’Anas, 2,5 milliards d’euros par an, mais seulement 450 millions ont été investis en 2016. Le vice-Premier ministre Matteo Salvini a affirmé mardi soir que les « contraintes européennes » empêchaient de mobiliser les fonds nécessaires à l’entretien du réseau. La Commission européenne a rétorqué que l’Italie devait recevoir entre 2014 et 2020 une enveloppe européenne de 2,5 milliards d’euros pour investir dans ces infrastructures.

Quelle est la situation en France ?

Le 15 mai, la ministre des Transports, Élisabeth Borne, avait annoncé au Sénat le lancement prochain d’un « plan de sauvegarde des routes nationales » visant à rénover d’urgence les chaussées et les ouvrages d’art, après la remise d’un rapport d’audit mettant en évidence « l’état critique du réseau ». D’après ce rapport, plus de la moitié des chaussées exigent des réparations et un tiers des 12 000 ponts nécessitent des travaux, sachant que 840 de ces ouvrages « présentent à terme un risque d’effondrement ». Une enquête publiée en novembre par l’Observatoire national de la route a montré une baisse d’environ 25 % des moyens financiers consacrés par les administrations publiques à la voirie entre 2013 et 2016. En 2016, la France était à la septième place sur 140 dans le classement international de la qualité des routes établi par le Forum économique mondial. Elle avait la première place en 2011.