25 août 2018

On revient au début

L’Europe face aux pays endettés

La Grèce est sortie lundi de la tutelle de ses créanciers, principalement l’Union européenne, après huit ans de plans d’aide successifs et la mise en place de réformes drastiques. L’UE, qui a apporté son aide à plusieurs autres pays de la zone euro depuis 2010, a dû faire évoluer ses règles pour faire face à une profonde crise de financement de certains pays.


Le concept

Pour financer leur déficit public, les États peuvent emprunter de l’argent sur les marchés financiers. Ils émettent alors des titres de créance qui sont achetés par des banques et des investisseurs privés (fonds de pension, compagnies d’assurance, etc.). À l’heure actuelle, les titres de créance représentent plus de 80 % de la dette publique de la zone euro, selon l’institut européen de statistiques Eurostat. Les investisseurs peuvent exiger des taux d’intérêt plus élevés à certains pays, jugés moins capables de rembourser leurs créanciers. Lorsque la situation s’aggrave, ces taux peuvent devenir prohibitifs et les pays concernés se retrouvent exclus des marchés financiers. En avril 2010, quand les taux proposés à l’Allemagne étaient de 3 %, ceux proposés à la Grèce atteignaient près de 9 %.


Les dates clés

1992

Avant de lancer l’euro, les dirigeants européens souhaitent harmoniser au préalable les économies des différents États membres. Le Conseil européen, qui réunit les chefs d’État et de gouvernement, fixe donc des « critères de convergence » à respecter pour pouvoir adopter l’euro qui figurent dans le traité de Maastricht signé en 1992. Ces critères portent notamment sur le niveau des prix, des taux d’intérêt et sur la situation des finances publiques. En 1997, le Conseil européen adopte le Pacte de stabilité et de croissance, qui contraint les États membres à prendre des mesures correctives s’ils ne respectent pas les critères de Maastricht relatifs à leurs finances publiques. Les États doivent avoir un déficit public inférieur à 3 % de leur PIB et un endettement inférieur à 60 %. L’Allemagne est la première à subir une « procédure de déficit excessif » en 2002.

2009

En octobre 2009, le gouvernement socialiste grec, issu des législatives, découvre un déficit public proche des 13 %, soit le double du chiffre avancé par l’exécutif sortant. Les agences de notation, chargées d’évaluer la solvabilité d’un État, dégradent la note du pays, qui doit dès lors emprunter à des taux plus élevés et n’est plus en mesure de se refinancer. La Grèce demande en avril 2010 l’aide de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international (FMI), appelés la « troïka ». En novembre, c’est l’Irlande qui obtient des prêts de la « troïka ». Le renflouement de ses banques à la suite de l’éclatement d’une bulle immobilière a creusé son déficit public, qui atteint 32 % du PIB en septembre 2010. La « troïka » accorde également des prêts au Portugal en 2011 et à Chypre en 2013 en échange d’une série de réformes visant à diminuer le déficit public.

2012

L’UE se dote en 2012 d’un nouvel outil pérenne, le Mécanisme européen de stabilité (MES). Ce dispositif permet aux États de la zone euro de s’accorder des prêts entre eux. Le MES dispose de fonds propres, alimentés par les États membres en fonction de leur PIB, et se finance également sur les marchés financiers. L’Espagne fait appel au MES en 2012 pour obtenir un prêt lui permettant de secourir son secteur financier. Pour accéder au MES, il faut, à partir de mars 2013, avoir ratifié le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance de l’Union, également appelé Pacte budgétaire. Ce nouveau texte fixe des règles plus sévères en matière de discipline budgétaire, notamment sur la procédure à suivre pour réduire son endettement.

2014

Après trois ans placés sous la tutelle de la « troïka », l’Irlande et le Portugal peuvent à nouveau convaincre les investisseurs et reviennent sur les marchés financiers en 2014. Premier pays à solliciter l’aide de la « troïka », la Grèce est le dernier à sortir de sa tutelle, en août 2018. Elle a bénéficié de trois programmes successifs pour un total de 289 milliards d’euros de prêts, en échange d’une série de réformes drastiques, et a perdu un quart de son PIB en huit ans. Pour faciliter le retour de la Grèce sur les marchés financiers, les ministres des Finances de la zone euro décident en juin que le pays pourra commencer à rembourser ses prêts seulement à partir de 2032. Les quatre pays soutenus par la « troïka » ont renoué avec la croissance et affichent un déficit inférieur à 3 % du PIB depuis 2015 pour l’Irlande et 2016 pour Chypre, la Grèce et le Portugal. Mais leur dette publique dépasse toujours les 60 %. Elle atteint même 180 % du PIB pour la Grèce, un niveau que le FMI a jugé fin juillet difficilement soutenable à terme.


Le chiffre

8 pays respectent la règle des 60 %. Selon Eurostat, seuls 8 des 19 pays de la zone euro avaient une dette inférieure à 60 % de leur PIB, à la fin du premier trimestre 2018. Les pays qui présentent le ratio d’endettement le plus faible sont l’Estonie (8,7 % du PIB), le Luxembourg (22,2 %) et la Bulgarie (24,1 %). La dette française s’élève à 97,7 % du PIB et la dette allemande à 62,9 %. La dette publique de la zone euro dans son ensemble s’établit à 86,8 % du PIB. Elle a augmenté en un an, mais à un rythme plus faible que la croissance.