29 août 2018

On fait le point

La Turquie face à la perte de confiance des investisseurs

L’agence de notation américaine Moody’s a abaissé la note de 18 banques et de deux institutions financières en Turquie hier soir, provoquant une nouvelle baisse de la livre turque qui perdait ce soir près de 3 % face au dollar. La monnaie turque a déjà perdu plus de 40 % de sa valeur face à la devise américaine depuis le début de l’année. Moody’s estime que les banques turques sont fragilisées parce qu’elles se financent en devises étrangères, la faiblesse de la monnaie nationale renchérissant le coût de leurs remboursements.

Moody’s note que l’inflation que connaît le pays pose particulièrement problème. les prix à la consommation ont augmenté de près de 16 % entre juillet 2017 et juillet 2018. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, s’est cependant opposé à un relèvement des taux d’intérêt, une méthode habituelle pour freiner la hausse des prix.

Cette situation « compromet la croissance » de l’économie turque, estime Moody’s, qui prévoit une hausse du produit intérieur brut (PIB) de 1,5 % en 2018 et de 1 % en 2019. Il s’agirait d’un fort ralentissement pour le pays, qui a connu une croissance comprise entre 5 % et 11 % depuis 2010, à l’exception d’un creux à 3,2 % en 2016, l’année du coup d’État manqué contre Recep Tayyip Erdogan.

La chute de la valeur de la monnaie turque s’est accentuée après l’annonce, le 10 août, par le président des États-Unis, Donald Trump, du doublement des droits de douane sur les importations vers son pays d’acier et d’aluminium turcs. Cette décision a été prise alors qu’une dispute diplomatique oppose les deux pays : les États-Unis réclament la libération d’un pasteur évangéliste américain, Andrew Brunson, arrêté en Turquie en octobre 2016 pour terrorisme et espionnage, tandis que la Turquie souhaite que les États-Unis extradent le prédicateur turc Fethullah Gülen, qu’elle soupçonne d’avoir organisé la tentative de coup d’État de juillet 2016.