13 septembre 2018

Tout s'explique

La France responsable de la disparition de Maurice Audin

Quelle est la portée de la décision d’Emmanuel Macron ?

Emmanuel Macron a reconnu la responsabilité de l’État [€] dans la disparition en 1957, en Algérie, du militant communiste et anticolonialiste Maurice Audin. Le chef de l’État a rendu visite à la veuve de Maurice Audin, Josette Audin, pour lui demander pardon au nom de la France et lui remettre un document reconnaissant que son époux « est mort sous la torture du fait du système institué alors en Algérie par la France ». Le secrétaire national du Parti communiste, Pierre Laurent, a salué la fin d’un « mensonge d’État qui durait depuis 61 ans ». La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, a estimé que « Macron commet un acte de division, en pensant flatter les communistes ». L’Élysée a annoncé l’ouverture de toutes les archives concernant les disparus en Algérie. Le Parlement avait adopté en 1999 une loi reconnaissant que les « événements » survenus en Algérie de 1954 à 1962 étaient une guerre, mais la France n’avait jamais admis le caractère organisé de la répression et de la torture.

Qui était Maurice Audin ?

Mathématicien français et assistant à la faculté des sciences d’Alger, Maurice Audin était membre du Parti communiste algérien. Soupçonné d’aider le Front de libération nationale, un parti luttant pour l’indépendance de l’Algérie, ce père de trois enfants est arrêté dans la nuit du 11 juin 1957 par des parachutistes de l’armée française. Le 4 juillet, sa femme, Josette, dépose plainte contre X pour homicide volontaire. Elle ne croit pas à la version de l’armée, qui assure que son mari s’est évadé quelques jours plus tôt au cours d’un transfert. Selon Henri Alleg, auteur de l’ouvrage « La Question » dans lequel il raconte en 1958 sa propre détention dans la banlieue d’Alger, Maurice Audin a été torturé par l’armée française. En novembre 1957, à Paris, une centaine d’intellectuels créent le Comité Maurice Audin, afin de faire la lumière sur la disparition du militant.

Quelles sont les principales reconnaissances de culpabilité de la France ?

La responsabilité de la France dans la déportation des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale a été reconnue en juillet 1995 par le président Jacques Chirac à l’occasion du 53e anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv, lors de laquelle plus de 13 000 juifs avaient été arrêtés pour être déportés. Moins d’un an auparavant, son prédécesseur, François Mitterrand, déclarait : « J’estime que la France n’est pas responsable. » Il reflétait ainsi la position officielle tenue jusque là selon laquelle le régime de Vichy ne représentait pas la France. En 2001, le Parlement français a également adopté une loi reconnaissant l’esclavage et la traite négrière comme crime contre l’humanité. En février 2017, lors de la campagne de la présidentielle, Emmanuel Macron avait, lors d’un déplacement en Algérie, qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité ».