19 septembre 2018

Tout s’explique

Le chef du renseignement allemand limogé

Qu’est-il reproché à Hans-Georg Maassen ?

Le gouvernement allemand a limogé hier soir Hans-Georg Maassen de son poste de président de l’Office fédéral de la protection de la Constitution, le service de renseignement intérieur, en raison d’une polémique sur ses possibles liens avec l’extrême droite. Ce départ intervient à la suite du meurtre d’un Allemand fin août dans la ville de Chemnitz à l’est de l’Allemagne, pour lequel deux demandeurs d’asile sont soupçonnés. Ce crime a donné lieu à des rassemblements anti-migrants pendant plusieurs jours, ainsi qu’à des attaques contre des étrangers. Dans une interview, le 7 septembre, Hans-Georg Maassen a mis en doute l’existence de ces « chasses » aux étrangers, estimant qu’il s’agissait d’une « fausse information » afin de « détourner l’attention du public du meurtre commis ». Début août, une ancienne cadre du parti AfD a affirmé dans un livre que Hans-Georg Maassen avait conseillé cette formation d’extrême droite pour éviter sa mise sous surveillance.

Quels sont les différends le concernant au sein de la coalition ?

Le gouvernement a néanmoins nommé Hans-Georg Maassen secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer, également dirigeant du parti conservateur bavarois CSU. Le ministre de l’Intérieur avait déclaré la semaine dernière qu’il ne voyait « pas de raison » conduisant à son départ, tandis qu’Andrea Nahles, présidente du parti social-démocrate SPD, autre formation de la coalition, le réclamait. Son entrée au gouvernement est dénoncée au sein du SPD. Pour le vice-président du parti, Ralf Stegner, il s’agit d’un « véritable désastre d’avoir à la tête du ministère de l’Intérieur ce duo Seehofer-Maassen ». Après les dernières élections législatives, en septembre 2017, la chancelière Angela Merkel, également dirigeante du parti conservateur CDU, avait mis cinq mois avant de parvenir à former une coalition gouvernementale avec la CSU et le SPD.

Comment se manifeste la montée de l’extrême droite en Allemagne ?

En septembre 2017, le parti d’extrême droite et anti-immigration AfD, fondé en 2013, a remporté 12,6 % des voix lors des législatives, contre 4,7 % lors des précédentes élections organisées l’année de sa création. Il a fait son entrée au Bundestag pour la première fois, en remportant 94 sièges. Le parti a obtenu ses meilleurs scores dans l’est de l’Allemagne, dans les régions qui faisaient partie de la République démocratique allemande, avant la réunification du pays en 1990. L’AfD était à l’origine fin août avec le mouvement anti-islam Pegida, fondé en 2014 à Dresde, des rassemblements ayant réuni plusieurs milliers de personnes à Chemnitz pour dénoncer le meurtre de l’Allemand tué fin août, ainsi que pour critiquer la politique migratoire menée par Angela Merkel qui a autorisé l’entrée de 1,5 million de migrants dans le pays en 2015.