28 septembre 2018

Tout s'explique

Emmanuel Macron reconnaît un scandale environnemental aux Antilles

Qu’a reconnu le chef de l’État en Martinique ?

Emmanuel Macron a déclaré hier soir, lors du premier jour de son déplacement aux Antilles prévu jusqu’à dimanche, que « la pollution au chlordécone est un scandale environnemental dont souffrent la Martinique et la Guadeloupe depuis 40 ans ». Le chlordécone est un pesticide qui a été massivement répandu dans les bananeraies des Antilles. Classé cancérogène possible dès 1979 par l’Organisation mondiale de la santé, son utilisation est interdite en France depuis 1993. Estimant que « l’État doit prendre sa part de responsabilité », le président a annoncé l’ouverture d’une procédure afin de reconnaître l’exposition au chlordécone comme maladie professionnelle. Il a confié à deux établissements publics, l’Inserm et l’Anses, le soin d’établir le lien entre la surexposition à cette molécule et le développement de certaines pathologies. Les partenaires sociaux, chargés de définir le niveau de prise en charge des travailleurs agricoles contaminés, s’appuieront sur leur rapport, attendu en mars.

Qu’est-ce que le chlordécone ?

Synthétisé en 1952 par le groupe industriel américain Allied Chemical, disparu en 1985, ce pesticide était notamment destiné à lutter contre un insecte ravageur, le charançon du bananier. Autorisé en France en 1968, il a été massivement utilisé dans les Antilles à partir de 1972. « C’est le fruit d’un aveuglement collectif », a estimé hier Emmanuel Macron au sujet de l’interdiction tardive du produit en France. Selon deux études de l’Inserm publiées en 2010 et en 2012, l’exposition au chlordécone augmente les risques de cancer de la prostate et a des effets négatifs sur le développement cognitif et moteur des nourrissons. Un rapport du Sénat de 2009 soulignait que cette substance, qui s’est répandue bien au-delà des plantations de bananes, restera présente dans les sols « pendant au moins un siècle ».

À quelle autre pollution sont confrontées les Antilles ?

Les Antilles voient à intervalles irréguliers leurs côtes envahies par les sargasses. Lorsqu’elles sèchent sur les rivages, ces algues brunes dégagent de l’ammoniac et de l’hydrogène sulfuré, qui diffusent une odeur d’œuf pourri et provoquent maux de tête, nausées et vomissements. Déjà confrontées à de fortes crises en 2011 et en 2015, les Antilles sont frappées depuis le mois de février par une nouvelle pollution importante aux sargasses. La situation avait incité l’ancien ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, à se rendre en Guadeloupe et en Martinique en juin pour annoncer un plan de lutte de 10 millions d’euros pendant deux ans. Alors que l’État refuse de reconnaître l’état de catastrophe naturelle lié à cette pollution, le sénateur Dominique Théophile (LREM) avait déposé en avril une proposition de loi demandant de transférer à l’État la compétence de ramassage, dont le coût pèse sur le budget des collectivités locales.