29 septembre 2018

On revient au début

Les relations entre Hong Kong et la Chine

Les autorités hongkongaises ont interdit lundi l’existence du Parti national de Hong Kong. Militant pour l’indépendance du territoire, il a été fondé en 2016 dans le sillage d’un mouvement démarré deux ans plus tôt pour réclamer plus de démocratie pour cette ancienne colonie britannique. C’est la première fois qu’un parti politique y est interdit depuis la rétrocession du territoire à la Chine par le Royaume-Uni en 1997.


À l’origine

Le territoire actuel de Hong Kong, dans le sud-est de la Chine, est constitué d’une île principale, d’une partie continentale, ainsi que de plus de 200 autres îles. La Chine cède à perpétuité l’île de Hong Kong au Royaume-Uni en 1842, à la fin de la Première Guerre de l’opium, puis lui accorde un autre bail à perpétuité sur la péninsule de Kowloon à l’issue de la Seconde Guerre de l’opium en 1860. Désireux d’agrandir sa colonie, le Royaume-Uni négocie en 1898 un bail de 99 ans (jusqu’en 1997) sur une large bande de territoire continental situé au nord de Kowloon et sur 235 îles, nommés Nouveaux territoires. En 1982, la Chine, qui souhaite retrouver la souveraineté sur l’intégralité de la région, et le Royaume-Uni, qui poursuit un processus de décolonisation de l’Empire britannique, entament des négociations. En 1984, les deux pays s’accordent sur la rétrocession intégrale de Hong Kong à la Chine en 1997 et non pas seulement celle des Nouveaux territoires.


Les dates clés

1997

Hong Kong redevient un territoire chinois en 1997, mais bénéficie pour 50 ans du statut de « région administrative spéciale », créé pour répondre aux engagements pris par la Chine. Dans la déclaration conjointe sino-britannique de 1984 est défini le principe « d’un pays, deux systèmes ». Il signifie que Hong Kong peut conserver un mode de vie différent du reste de la Chine, mais pour une durée limitée à 50 ans, jusqu’en 2047. Hong Kong n’est pas indépendant pour les questions de défense et de diplomatie, mais dispose de systèmes politique, législatif, économique et financier différents. Sa monnaie est le dollar hongkongais et non le yuan chinois. La loi fondamentale, définie par la Chine et le Royaume-Uni et appliquée à partir de 1997, sert de constitution. Elle affirme que les résidents bénéficient des libertés d’expression, de la presse ou de rassemblement. Elle fixe également pour « but ultime » que le chef de l’exécutif de Hong Kong soit à terme élu au suffrage universel.

2000

Le gouvernement chinois instaure en 2000 le Bureau de liaison à Hong Kong. Il remplace la branche hongkongaise de l’agence de presse officielle Xinhua. Établie en 1947 sur le territoire, cette agence était la plus haute institution représentant Pékin dans la région. D’après les missions décrites sur son site internet, le Bureau de liaison assiste les autorités dans la gestion des institutions chinoises installées à Hong Kong et promeut la coopération entre la région et la Chine continentale dans les domaines économique, éducatif ou culturel. Selon la loi fondamentale de Hong Kong, le gouvernement chinois n’intervient pas dans les affaires locales du territoire, mais le rôle du Bureau de liaison n’est pas aussi circonscrit. « C’est en réalité un pouvoir occulte qui met en œuvre la politique de Pékin, en intervenant de manière secrète au côté du gouvernement hongkongais », explique à Brief.me Jean-Philippe Béja, directeur de recherche émérite au Centre de recherches internationales de Sciences Po et spécialiste de la Chine.

2003

Face à une forte mobilisation, le gouvernement hongkongais décide en juillet 2003 de reporter de manière indéfinie un projet de loi prévoyant de sanctionner les actes de trahison. Plus de 500 000 personnes s’étaient réunies pour protester contre ce projet le 1er juillet, jour anniversaire de la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997. Il s’agit alors du deuxième plus grand mouvement de protestation en Chine, après les manifestations de la place Tiananmen en 1989. Le projet de loi faisait craindre aux opposants l’instauration de limites à la liberté d’expression. La loi fondamentale du territoire prévoit cependant que Hong Kong se dote un jour d’une loi pour « interdire tout acte de trahison, de sécession, de sédition ou de subversion » à l’égard du gouvernement chinois.

2014

Un mouvement prodémocratie lance en septembre 2014 l’occupation du centre de Hong Kong pour réclamer l’instauration d’un suffrage universel « selon les standards internationaux ». Cette mobilisation est surnommée « révolte des parapluies » en raison des parapluies utilisés par les manifestants pour se protéger des gaz lacrymogènes. Le mouvement s’oppose à la réforme électorale proposée fin août par l’Assemblée nationale populaire chinoise, qui prévoit que le prochain chef de l’exécutif hongkongais soit élu au suffrage universel, mais qui limite le nombre de candidats à deux ou trois personnes sélectionnées par un comité de grands électeurs favorables au gouvernement chinois. Le mouvement d’opposition réunit plusieurs centaines de milliers de participants, puis s’essouffle en décembre après des affrontements avec la police et des arrestations. Les députés hongkongais rejettent finalement la réforme en 2015.


Les partis

Parti démocrate. Martin Lee fonde en 1994 le Parti démocrate, qui rassemble les deux principaux mouvements démocratiques ayant émergé à Hong Kong dans les années 1980, au moment où ont débuté les négociations entre le Royaume-Uni et la Chine sur la rétrocession. Le parti, défenseur du principe « d’un pays, deux systèmes », soutient la rétrocession et réclame l’élection du chef de l’exécutif de Hong Kong au suffrage universel. Il obtient des représentants au Conseil législatif de Hong Kong dès les élections de 1995 et y dispose aujourd’hui de 7 élus sur 70, ce qui en fait le parti prodémocratie le plus représenté.

Demosisto. Figures de proue de la « révolte des parapluies », Agnes Chow, Nathan Law et Joshua Wong lancent en 2016 leur propre parti, Demosisto. Son objectif principal est de parvenir à proposer un référendum d’autodétermination aux Hongkongais pour définir le statut du territoire après 2047, date prévue de la fin de la formule « un pays, deux systèmes ». En 2017, Nathan Law et Joshua Wong sont condamnés à des peines de prison, avec un autre représentant de Demosisto, pour leur rôle lors de la « révolution des parapluies ».

Youngspiration. Autre parti politique créé par des étudiants impliqués dans la « révolution des parapluies », Youngspiration, fondé en 2015, réclame l’indépendance de Hong Kong. Deux de ses membres, Baggio Leung et Yau Wai-ching, obtiennent un siège de député en 2016, mais leur élection est invalidée parce qu’ils ont déclaré que « Hong Kong n’est pas la Chine » lors de leur prestation de serment. Ils sont condamnés à quatre mois de prison en juin dernier.