4 octobre 2018

Tout s'explique

Le Conseil d’État condamne la France à indemniser un fils de harki

Qu’a décidé le Conseil d’État ?

Le Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative, a condamné hier l’État à verser 15 000 euros à un fils de harki, un musulman d’Algérie ayant combattu aux côtés de l’armée française pendant la guerre d’Algérie, au titre des « préjudices matériels et moraux » qu’il a subis entre 1963 et 1975. Né en 1963 dans le camp Joffre, à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), l’un des sept camps de transit où ont été accueillis les harkis rapatriés en France, il avait été transféré l’année suivante dans le camp de Bias (Lot-et-Garonne) et y avait passé son enfance, jusqu’en 1975. Les conditions dans lesquelles il a vécu ces 12 années, qualifiées d’« indignes » par le Conseil d’État, ont nécessité par la suite un accompagnement médico-psychosocial. Cet homme s’était pourvu devant le Conseil d’État après le rejet de sa demande de réparation d’un million d’euros en première instance en 2014, puis en appel en 2017.

Comment la France avait-elle accueilli les harkis ?

Pendant la guerre d’Algérie, plusieurs centaines de milliers de musulmans se sont battus aux côtés de l’armée française. Après le 19 mars 1962, date du cessez-le-feu, environ 90 000 harkis et membres de leurs familles ont rejoint la métropole. Les autres sont restés sur place. Considérés comme des traîtres, nombre d’entre eux ont subi des exactions allant parfois jusqu’à leur exécution. La plupart de ceux arrivés en métropole ont été accueillis dans des camps. Les familles, parfois séparées, vivaient en chambrée, les douches collectives étaient hebdomadaires dans certains camps, les enfants n’étaient pas scolarisés, les courriers étaient fouillés, les prestations sociales réquisitionnées pour financer les dépenses de fonctionnement. Le gouvernement a ordonné la fermeture de ces camps en 1975, les dernières familles en sont parties en 1977.

Quelles réparations demandent les harkis ?

Le 25 septembre, la secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées, Geneviève Darrieussecq, a annoncé que 40 millions d’euros seraient débloqués dans les quatre prochaines années pour venir en aide aux harkis et à leurs enfants. Les associations de harkis demandent que l’État français reconnaisse sa responsabilité pour les préjudices subis par la première génération et les suivantes et leur accorde une réparation, qu’elles évaluent à 40 milliards d’euros. S’il n’y a jamais eu de reconnaissance officielle, Nicolas Sarkozy avait déclaré en 2012 que « rien ne peut excuser l’abandon de ceux qui avaient fait le choix de la France » et François Hollande évoquait en 2016 « les responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d’accueil inhumaines des familles transférées dans les camps en France ».