6 octobre 2018

On revient au début

Le Québec, îlot francophone du Canada

Ancienne colonie française, le Canada compte une province à majorité francophone, le Québec. Les citoyens québécois étaient invités à voter pour les élections législatives lundi. Pour la première fois depuis 50 ans, ni le Parti libéral du Québec (fédéraliste), ni le Parti québécois (indépendantiste) ne l’ont emporté, dépassés par la Coalition Avenir Québec, un parti nationaliste non indépendantiste.


À l’origine

Christophe Colomb découvre le continent américain en 1492. Plusieurs pays occidentaux y entreprennent des expéditions, en vue de trouver un passage vers l’Asie, en s’aventurant dans le golfe du Saint-Laurent, sur la côte Atlantique de l’actuel territoire canadien. François Ier finance en 1534 le premier voyage du navigateur français Jacques Cartier. Celui-ci remonte l’année suivante le fleuve Saint-Laurent jusqu’à un village d’autochtones, qui deviendra Montréal. Les tentatives pour implanter des colonies échouent toutefois en raison de maladies et d’hivers rigoureux. La France se désintéresse alors de ce territoire, mais des pêcheurs continuent de s’y rendre et développent le commerce de fourrures. La colonisation française en Amérique du Nord débute véritablement avec la fondation de la ville de Québec en 1608. Le territoire, nommé « Nouvelle-France », regroupe l’Acadie, la Louisiane et le Canada. La France et la Grande-Bretagne s’en disputent la propriété et s’affrontent de 1754 à 1763, date à laquelle la Nouvelle-France est cédée à la Grande-Bretagne.


Les dates clés

1867

Le Parlement britannique crée en 1867 le Dominion du Canada, une fédération fonctionnant sous le régime de la monarchie constitutionnelle. Il s’agit du premier dominion de l’Empire britannique, c’est-à-dire un État indépendant qui n’est pas totalement souverain, les Britanniques conservant l’autorité sur la diplomatie ou la Constitution. Le Dominion du Canada réunit les provinces du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, de l’Ontario et du Québec, la seule des provinces canadiennes à majorité francophone. D’autres territoires sont intégrés par la suite. En 1981, les Premiers ministres fédéral et provinciaux du Canada demanderont au Royaume-Uni le droit de modifier eux-mêmes leur Constitution. Le Premier ministre québécois, René Lévesque, souhaitant que le Québec obtienne un droit de veto, sera exclu des négociations. Le Québec refusera de signer la nouvelle Constitution. Il ne l’a toujours pas fait, même si elle s’applique à la province.

1967

Le général de Gaulle effectue son premier voyage officiel au Québec en 1967 et termine un discours en déclarant « Vive le Québec libre ! ». Il reprend là une expression employée par des groupuscules indépendantistes québécois et détournée de celle de son appel du 18 juin 1940. Si des premières velléités indépendantistes québécoises étaient apparues dans les années 1920, ces idées ne se sont pas répandues avant les années 1960. « Le discours de de Gaulle a eu un impact immense sur le courant indépendantiste québécois, explique à Brief.me Vincent Laborderie, maître de conférence à l’Université catholique de Louvain, en Belgique, et spécialiste des mouvements séparatistes. Le fait qu’un chef d’État étranger, et pas n’importe lequel, adopte ce discours, a légitimé ces idées et accéléré le mouvement, jusqu’alors très marginal. » En 1968, le Parti québécois est fondé, réunissant deux formations indépendantistes, l’une ancrée plutôt à gauche et l’autre de centre droit. Il remporte les élections législatives en 1976.

1977

Pour répondre à des craintes face aux inégalités entre francophones et anglophones et à l’arrivée massive d’immigrants maîtrisant l’anglais et non le français, le gouvernement québécois fait adopter en 1977 une Charte de la langue française. Celle-ci confirme le français comme langue officielle du Québec et affirme qu’il doit être « la langue normale et habituelle du travail, de l’enseignement, des communications, du commerce et des affaires ». « Cette charte a redonné son prestige à la langue française et a garanti son usage, explique à Brief.me Harold Bérubé, professeur d’histoire à l’université de Sherbrooke, au Québec. Si le français était la langue la plus pratiquée au Québec, elle a longtemps été marginalisée voire associée à la pauvreté, car depuis la conquête du territoire par les Britanniques, les anglophones étaient surreprésentés dans les sphères économiques. » Le Québec compte environ 8 % d’anglophones, selon l’Office québécois de la langue française, un organisme public.

1980

Conformément à son programme, le gouvernement dirigé par le Parti québécois propose en 1980 le premier référendum sur la souveraineté du Québec. Celui-ci porte sur l’ouverture de négociations avec le gouvernement fédéral sur un projet de « souveraineté-association », c’est-à-dire la création d’un Québec indépendant du Canada, mais avec lequel serait maintenu un partenariat économique fort. Le « non » l’emporte à 59,6 %. À la publication des résultats, le Premier ministre québécois, René Lévesque, déclare : « Si je vous ai bien compris, vous êtes en train de me dire à la prochaine fois ». Après neuf années de pouvoir du Parti libéral du Québec, le Parti québécois revient au gouvernement en 1994 et propose un nouveau référendum sur l’indépendance. Il se tient l’année suivante, mais se solde à nouveau par un échec, cette fois de peu : le « non » l’emporte à 50,6 %. C’est la dernière fois que les Québécois se sont exprimés dans les urnes sur la souveraineté de leur territoire.


L’analyse

Le Parti québécois a enregistré lors des élections législatives de lundi le plus faible score de son histoire, en recueillant 17 % des voix. « La sauvegarde du français n’est plus une question pour les jeunes générations, qui n’ont pas connu la période de domination anglophone au Québec. Et il y a une fatigue sur les questions indépendantistes après l’échec des deux référendums, ainsi qu’une lassitude de l’alternance entre les libéraux et le Parti québécois », affirme Vincent Laborderie. Pour Harold Bérubé, cette baisse des revendications indépendantistes s’explique aussi parce que les « inégalités entre les francophones et les anglophones se sont progressivement dissipées ». Cependant, il estime que ces élections « ne sonnent pas le glas de l’indépendantisme », mais celui du Parti québécois « qui n’est plus en mesure de réunir des visions contradictoires » comme il l’a fait lors de sa création.