10 octobre 2018

Tout s'explique

Enquête sur la disparition d’un journaliste saoudien

Quels sont les développements de l’affaire ?

Le quotidien turc Sabah a publié aujourd’hui une liste de 15 noms de Saoudiens présentés comme des agents du renseignement impliqués dans la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. Ce dernier s’était rendu le 2 octobre au consulat de son pays à Istanbul, en Turquie, pour des démarches administratives relatives à son futur mariage. Sa compagne déclare qu’il n’est jamais ressorti. Les autorités turques estiment qu’une équipe de 15 Saoudiens est « très certainement impliquée » dans la disparition du journaliste, voire son assassinat, a déclaré Yasin Aktay, conseiller du président turc, à l’agence de presse britannique Reuters la semaine dernière. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères turc a annoncé hier que l’Arabie saoudite, qui affirme que Jamal Khashoggi est ressorti libre du consulat, avait accepté que les enquêteurs fouillent le bâtiment.

Qui est Jamal Khashoggi ?

Né en 1958 à Médine, en Arabie saoudite, Jamal Kashoggi a étudié aux États-Unis avant de devenir journaliste dans son pays. Il a ensuite occupé des postes d’encadrement de la rédaction de plusieurs médias saoudiens, devant à deux reprises démissionner après avoir publié des textes critiquant le poids de la religion dans la politique du pays et le salafisme, un courant conservateur de l’islam. Jamal Kashoggi a également été conseiller de Tourki ben Fayçal Al Saoud, membre de la famille royale et ancien directeur du renseignement saoudien, lorsque celui-ci était ambassadeur au Royaume-Uni, puis aux États-Unis. Très critique sur les modalités de la politique anticorruption menée par le prince héritier Mohammed ben Salmane et à l’égard de l’intervention militaire de son pays au Yémen, il s’est exilé aux États-Unis il y a un peu plus d’un an.

Comment réagissent les États-Unis et la Turquie ?

Le Washington Post a exhorté dimanche les États-Unis à demander « haut et fort » des réponses aux autorités saoudiennes quant au sort de Jamal Khashoggi, qui était chroniqueur pour le quotidien. Donald Trump a exprimé hier son inquiétude, tout en reconnaissant n’avoir pas encore abordé le sujet avec les autorités saoudiennes. Le président américain a renforcé depuis le début de son mandat les relations entre son pays et l’Arabie saoudite qui s’étaient détériorées pendant la présidence de Barack Obama. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a déclaré lundi aux autorités saoudiennes qu’elles devaient « prouver avec des images » que le journaliste avait pu quitter le consulat comme elles l’affirment. Les relations entre la Turquie et l’Arabie saoudite se sont compliquées depuis juin 2017. La Turquie a affiché son soutien au Qatar lorsque l’Arabie saoudite et plusieurs de ses voisins ont rompu leurs relations diplomatiques avec l’émirat.