13 octobre 2018

On revient au début

Les alertes sur le réchauffement climatique

Les alertes sur le réchauffement climatique se multiplient depuis les années 1960. Lundi, les membres du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec), mis en place par l’ONU, ont rendu un rapport commandé par les pays signataires de l’accord de Paris de 2015. Ils y ont élaboré des scénarios démontrant pourquoi il est urgent de limiter le réchauffement à 1,5 °C plutôt qu’à 2 °C.


Le concept

Le réchauffement climatique correspond à l’augmentation des températures moyennes à la surface de la Terre. Ce phénomène s’observe depuis le début du XXe siècle, en raison de l’augmentation dans l’atmosphère des émissions de gaz à effet de serre (vapeur d’eau, dioxyde de carbone, méthane, ozone, etc.). Cette hausse est principalement due aux activités humaines, en raison de l’utilisation de combustibles fossiles comme le charbon, le gaz naturel et le pétrole, qui produisent majoritairement des émissions de dioxyde de carbone (CO2). Or la présence importante de gaz à effet de serre dans l’atmosphère piège les rayonnements infrarouges émis par la Terre (c’est l’effet de serre), conduisant à la hausse de la température de l’atmosphère. Le réchauffement climatique contribue à la diminution de la biodiversité, à la fonte des glaciers et des banquises, à l’élévation du niveau de la mer ainsi qu’à la pollution atmosphérique.


Les dates clés

1979

En 1979, l’Académie des sciences américaine remet à la Maison-Blanche un rapport faisant le lien entre les activités humaines et l’augmentation du dioxyde de carbone dans l’atmosphère, observée dès les années 1960. Ce document, connu sous le nom de « rapport Charney », du nom de son directeur de recherche, évalue que les émissions de CO2 doubleront au cours de la première moitié du XXIe siècle, entraînant un réchauffement climatique d’environ 3 °C, avec une marge d’erreur de plus ou moins 1,5 °C. Basé sur des modèles mathématiques, ce rapport fait référence dans la communauté scientifique. Il déclare avoir « la preuve irréfutable que l’atmosphère change et que nous contribuons à son changement ». Il explique que « les concentrations atmosphériques de dioxyde de carbone augmentent continûment, ce qui est lié à la combustion des ressources fossiles et à l’utilisation des sols » et qu’à terme cela « affectera le climat ».

1988

À la demande du G7, qui réunit les sept pays les plus riches du monde, le Programme des Nations unies pour l’environnement et l’Organisation météorologique mondiale (OMM), qui dépendent tous les deux de l’ONU, créent en 1988 le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec). Il s’agit d’un organe international qui examine les données scientifiques pour en tirer une synthèse et des projections qui sont approuvées avant publication à l’unanimité des États membres, au nombre de 195 actuellement. Le Giec effectue également des recommandations pour réduire le réchauffement climatique. Elles n’ont pas de valeur contraignante. Les auteurs sont des chercheurs, désignés par des gouvernements et des organisations, travaillant bénévolement. Le premier rapport, publié en 1990, estime que la hausse maximale de la température sera de 4 °C d’ici 2100, par rapport à la période préindustrielle. Dans le sixième, publié lundi, la hausse maximale envisagée est de 4,5 °C pour 2100, si rien n’est fait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

1992

Plus de 1 500 scientifiques de 69 pays, dont 104 lauréats de prix Nobel, signent en 1992 la tribune « Alerte du monde scientifique à l’humanité ». Celle-ci fait état des dégâts déjà perceptibles ou à venir dans l’atmosphère, les océans, les sols ou la biodiversité et affirme que « des changements fondamentaux s’imposent d’urgence », car les activités humaines « pourraient tellement modifier le monde vivant qu’il sera incapable de maintenir la vie telle que nous la connaissons ». La tribune est envoyée aux dirigeants politiques dans le monde entier. En novembre 2017, plus de 15 000 scientifiques de 184 pays signent une tribune similaire. Ils rappellent les échecs depuis 1992 à « limiter adéquatement la croissance de la population, à réévaluer le rôle d’une économie fondée sur la croissance, à réduire les émissions de gaz à effet de serre » et réclament aux gouvernements des « mesures immédiates », affirmant qu’il s’agit « d’un impératif moral vis-à-vis des générations actuelles et futures ».

2000

L’OMM affirme en 2000 que la décennie 1990 a été la décennie la plus chaude depuis 1850, date du début des relevés de température à l’échelle planétaire, et que le XXe siècle « a probablement été le plus chaud du millénaire ». Si les relevés de température diffèrent d’une année sur l’autre, la tendance au réchauffement est donc tangible sur le temps long. Celui-ci continue à s’accélérer, puisque l’organisation affirme ensuite en 2013 que la décennie 2000 a été la plus chaude depuis le début des relevés. L’OMM déclare que cette décennie a été marquée par des « conditions climatiques et météorologiques extrêmes », telle que la vague de chaleur en Europe en 2003, l’ouragan Katrina aux États-Unis en 2005 ou les inondations au Pakistan en 2010. En janvier 2018, l’OMM a signalé que les années 2015, 2016 et 2017 étaient les trois années les plus chaudes jamais enregistrées.


L’analyse

Dominique Bourg, professeur de philosophie à l’Université de Lausanne, en Suisse, et auteur de « La Pensée écologique », explique à Brief.me que le manque d’actions concrètes face à la multiplication des alertes climatiques est lié au fait que, jusqu’à récemment, la plupart des rapports dressaient « des prévisions très lointaines ». Or « tant qu’un problème n’est pas accessible au sens, on ne bouge pas ». Selon lui, les dirigeants ne se sont donc pas emparés du problème, parce qu’ils se « concentrent davantage sur l’immédiat » et parce qu’ils ont fait inscrire dans la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, adoptée en 1992, que « les mesures prises pour lutter contre le changement climatiques » ne devaient pas représenter des « entraves déguisées » au commerce international. Toutefois, « la donne est maintenant différente, car les conséquences du réchauffement climatique deviennent concrètes », estime-t-il, ce qui a par exemple conduit 115 000 personnes à manifester en France le 8 septembre, selon l’ONG 350.org, lors de ce qu’elle a qualifié de « plus grande journée d’action pour le climat en France ».