20 octobre 2018

On revient au début

Une famille au pouvoir en Arabie saoudite

Le quotidien turc Yeni Safak a affirmé mercredi avoir eu accès à un enregistrement prouvant que le journaliste saoudien Jamal Khashoggi, disparu depuis le 2 octobre, a été torturé et tué au sein du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul. Celui-ci était un critique du régime saoudien, réfugié depuis plus d’un an aux États-Unis. L’Arabie saoudite a reconnu ce matin qu’il avait été tué à l’intérieur du consulat, le parquet affirmant que « les discussions entre Jamal Khashoggi et ceux qu’il a rencontrés au consulat » avaient débouché sur « une rixe, ce qui a conduit à sa mort ». En Arabie saoudite, une famille, les Saoud, dirige le pays depuis 1932.


À l’origine

La péninsule Arabique est traversée dès l’Antiquité par des caravaniers, qui rejoignent l’Asie depuis l’Afrique ou parcourent ses côtes en y pratiquant le commerce, le reste du territoire étant principalement désertique. Les populations d’origine de la péninsule sont principalement nomades, mais quelques tribus se sédentarisent près des oasis. C’est ici qu’est fondé l’islam. Le prophète Mahomet naît vers 570 à la Mecque, puis meurt vers 632 à Médine. Les deux villes, aujourd’hui situées en Arabie saoudite, deviennent les principaux lieux de pèlerinage des musulmans. La famille Al Saoud est issue de l’une des tribus installées à côté de Riyad, actuelle capitale du pays. Elle noue vers 1744 un pacte avec un prédicateur prônant un retour à un islam « authentique », fondateur du mouvement wahhabite. Le clan Al Saoud s’engage à soutenir son expansion, contre l’assurance d’avoir le contrôle politique du territoire conquis. Un premier État saoudien est alors créé. Il étend son territoire à la quasi-intégralité de la péninsule avant de disparaître après une défaite militaire en 1818. Un deuxième État saoudien durera de 1824 à 1891.


Les dates clés

1932

Le Royaume d’Arabie saoudite est fondé en 1932, après la reconquête du territoire entamée dès le début du XXe siècle par Abdelaziz ben Al Saoud, qui devient le premier roi de ce troisième État des Saoud. Il nomme l’un de ses fils « prince héritier » et les autres à des hautes fonctions, afin de pérenniser le pouvoir familial et d’éviter les luttes internes. C’est ainsi qu’il fonde une dynastie, puisque tous ses successeurs, jusqu’à celui au pouvoir actuellement, sont ses fils. L’islam sunnite, sous sa forme wahhabite, est la religion soutenue par l’État et le droit du pays est basé sur la charia, la loi islamique issue du Coran. Les oulémas, des théologiens wahhabites, conseillent le roi et veillent au respect de la tradition religieuse par le pouvoir. Depuis 1986, le roi saoudien porte le titre de Gardien des deux saintes mosquées, celles de La Mecque et de Médine, remplaçant officiellement les chérifs, les descendants de Mahomet, qui ont dirigé ces lieux jusqu’en 1924 avant qu’ils soient repris par les Saoud.

1938

Le premier gisement pétrolier en Arabie saoudite est découvert en 1938 par la compagnie pétrolière américaine Standard Oil of California, à qui le roi Abdelaziz ben Al Saoud avait accordé cinq ans plus tôt une concession pour explorer la partie orientale de l’Arabie saoudite. Un nouvel accord est alors conclu avec la compagnie pétrolière puis d’autres compagnies américaines pour donner naissance en 1944 à l’Arabian American Oil Company (Aramco), permettant au royaume de percevoir un pourcentage sur les exportations et de distribuer des revenus aux chefs de tribu du territoire, sur lesquels le roi cherche à asseoir son autorité. L’Aramco est nationalisée en 1980. Elle possède la quasi-intégralité des ressources en pétrole de l’Arabie saoudite, qui représente la deuxième réserve mondiale selon l’Agence d’information sur l’énergie, une agence indépendante américaine. L’économie saoudienne repose ainsi principalement sur l’exportation du pétrole, qui représentait 28,5 % du PIB du pays en 2017, selon l’organisme de statistiques du pays.

1979

En novembre 1979, plus de 200 intégristes islamistes prennent en otage plusieurs milliers de pèlerins dans la Grande Mosquée de La Mecque. Ils remettent en cause la légitimité du pouvoir de la famille Saoud en affirmant que leur leader spirituel est le « sauveur » de tous les musulmans, comme l’avait annoncé Mahomet. Ils accusent la dynastie d’être corrompue et de détruire la culture saoudienne en imitant les pays occidentaux, en particulier depuis les réformes de modernisation du pays entreprises par le roi Fayçal ben Abdelaziz Al Saoud, au pouvoir de 1964 à 1975. Le pouvoir saoudien parvient à mettre fin à la prise d’otages après plus de deux semaines. En janvier 1980, il fait décapiter 63 des insurgés lors d’exécutions publiques organisées dans plusieurs villes. En réaction à cette remise en cause de son pouvoir, le roi décide de conférer un poids plus important aux autorités et à la police religieuses.

2015

Le roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud prend le pouvoir en 2015 et initie une série de réformes. Il réorganise les pouvoirs en les concentrant au sein de deux nouveaux organes, placés sous son autorité : le Conseil des affaires politiques et sécuritaires, dirigé par son neveu, Mohammed ben Nayef, et le Conseil des affaires économiques et de développement, dirigé par son fils Mohammed ben Salmane. Il met fin à la transmission horizontale du pouvoir entre les fils du fondateur du Royaume d’Arabie saoudite, en nommant son neveu Mohammed ben Nayef prince héritier en 2015. Il va plus loin dans cette transformation de la transmission du pouvoir en attribuant finalement ce titre à son fils Mohammed ben Salmane en juin 2017. Celui-ci est chargé depuis l’année précédente d’un plan visant à diversifier l’économie du pays. Certaines mesures accordent de nouveaux droits aux femmes, comme la possibilité de créer leur entreprise sans le consentement d’un tuteur masculin ou de conduire une voiture.


Politique étrangère

Iran. L’Iran est le principal pays à majorité chiite du Moyen-Orient. L’Arabie saoudite, à majorité sunnite, craint l’expansion de son influence dans la région. Les deux pays s’affrontent principalement par le biais de conflits extérieurs. L’Iran soutient par exemple le régime de Bachar el-Assad en Syrie, tandis que l’Arabie saoudite aide plusieurs groupes rebelles. Depuis 2015, ils s’affrontent également au Yémen, où l’Arabie saoudite intervient aux côtés des forces loyalistes du pays, dont le régime a été renversé par des rebelles houthis chiites, soutenus par l’Iran.

Israël. L’hostilité de l’Arabie saoudite envers Israël remonte au plan de partage des Nations unies de 1947 ayant conduit à la création de l’État. Critiquant la perte de souveraineté des Palestiniens, musulmans, l’Arabie saoudite fait ainsi partie des pays arabes ayant affronté Israël militairement ou ayant soutenu financièrement ses opposants. Les deux pays se sont toutefois rapprochés récemment, avec l’appui des États-Unis, leur allié commun, en raison de leur hostilité commune vis-à-vis de l’Iran. En avril, Mohammed ben Salmane a par exemple déclaré au magazine américain The Atlantic « que les Palestiniens et les Israéliens ont droit à leur propre terre ».

Qatar. Avec les Émirats arabes unis, Bahreïn, l’Égypte puis d’autres États, l’Arabie saoudite a rompu en juin 2017 ses relations avec le Qatar. Elle lui reproche de soutenir des groupes terroristes afin de déstabiliser la région, comme les Frères musulmans, le groupe État islamique ou Al-Qaïda. Elle lui reproche également ses liens avec l’Iran, avec lequel le Qatar partage un gisement gazier. L’Arabie saoudite a suspendu ses liaisons aériennes, maritimes et l’ouverture de sa frontière terrestre avec le pays. Elle réclame également la fermeture de sa chaîne de télévision Al Jazeera.