24 octobre 2018

Tout s’explique

Des enseignants dénoncent les violences en classe

Quel incident a provoqué un débat sur la violence en milieu scolaire ?

Jeudi, un élève du lycée Édouard-Branly de Créteil (Val-de-Marne) arrivé en retard en cours a braqué un pistolet sur l’enseignante en exigeant qu’elle le note présent. La scène a été filmée par un téléphone portable et la vidéo a été mise en ligne. L’arme était factice : il s’agissait d’un pistolet à air comprimé. Le lycéen, âgé de 15 ans, a été mis en examen dimanche pour violences aggravées ayant entraîné une incapacité totale de travail. Le juge des enfants lui a notifié son interdiction de séjourner dans le Val-de-Marne et l’obligation de poursuivre sa scolarité. Emmanuel Macron a déclaré samedi avoir « demandé au ministre de l’Éducation nationale et au ministre de l’Intérieur de prendre toutes les mesures pour que ces faits soient punis et définitivement proscrits des écoles ».

Que montrent les études sur le sujet ?

Pour l’année scolaire 2016-2017, le ministère de l’Éducation nationale a recensé près de 14 incidents graves pour 1 000 élèves dans les collèges et lycées, essentiellement des violences physiques ou verbales. Ce taux est à peu près stable depuis 2011. Plusieurs enseignants reprochent cependant à leurs chefs d’établissement de vouloir camoufler les incidents qui se produisent en classe et ont partagé des témoignages sur les réseaux sociaux avec le mot-clé « #pasdevague ». Une étude menée en 2013 par des chercheurs spécialistes de l’éducation auprès de plus de 18 000 enseignants en collège et lycée a montré qu’un peu plus de quatre professeurs sur 10 avaient subi des injures au cours des six premiers mois de l’année. La proportion de ceux qui disaient avoir été victimes de coups était inférieure à 1 % et atteignait près de 6 % en élargissant la question à l’ensemble de leur carrière.

Comment a réagi le gouvernement ?

Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, et le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, ont diffusé dimanche un communiqué commun promettant un « plan d’actions ambitieux, visant à mettre un terme à de tels comportements ». Dans un entretien au Parisien publié lundi, Jean-Michel Blanquer a encouragé les lycées à interdire l’usage du téléphone portable en s’appuyant sur une loi adoptée en août qui le prohibe à l’école et au collège. Il a suggéré que les faits survenus à Créteil avaient pu être « accomplis pour être filmés et diffusés ». En réaction aux messages siglés « #pasdevague », le ministre a déclaré hier à l’Assemblée nationale qu’il n’avait pas « cessé de dire à tous les personnels de direction que tous les faits devaient être signalés » et qu’« on ne devait pas avoir peur de faire des conseils de discipline ».