8 novembre 2018

Tout s'explique

L’Église catholique crée une commission sur les abus sexuels

Qu’ont annoncé les évêques de France ?

Les évêques de France, réunis à Lourdes, ont annoncé hier soir la création d’une « commission indépendante » chargée de « faire la lumière sur les abus sexuels sur mineurs dans l’Église catholique depuis 1950 » et d’évaluer la réponse de l’Église. Le nom de la personnalité chargée de la mettre en place et d’en nommer les membres doit être annoncé dans les prochains jours. Elle devra rendre public un rapport d’ici 18 mois à deux ans. Les évêques ont également annoncé leur intention de « proposer un geste financier » aux victimes. « C’est une belle promesse. Il y en a eu beaucoup et beaucoup de faux espoirs », a réagi François Devaux, le président de l’association La Parole libérée venant en aide aux victimes des agissements de Bernard Preynat, un prêtre lyonnais mis en examen pour agressions sexuelles sur plusieurs dizaines de jeunes scouts dans les années 1980-1990.

Quelle a été jusqu’ici l’attitude de l’Église catholique face aux scandales ?

En 2001, Pierre Pican a été le premier évêque français condamné par la justice pour non-dénonciation d’actes pédophiles. Dans un livret publié en 2002 et réédité depuis, la Conférence des évêques de France (CEF) a exigé des évêques qu’ils transmettent à la justice tout fait d’abus sexuel sur mineurs. Cependant, selon une enquête de Mediapart publiée en mars 2017, 32 cas d’agressions sexuelles ont été couverts par l’Église catholique depuis les années 1960, dont la moitié concernent des faits établis après 2000. En avril 2016, la CEF a annoncé plusieurs mesures destinées à prévenir les dérives, en particulier la mise en place de cellules d’écoute dans les diocèses et la création d’une commission d’experts pour conseiller les évêques confrontés à des prêtres pédophiles. À l’invitation de la CEF, des victimes d’abus ont témoigné pour la première fois samedi devant les 118 évêques réunis à Lourdes.

Y a-t-il des exemples comparables à l’étranger ?

En Allemagne, en Irlande, aux États-Unis ou en Australie, autant de pays marqués comme la France par des scandales de pédophilie dans l’Église catholique, des commissions indépendantes ont été constituées ces 10 dernières années pour faire la lumière sur les agissements des prêtres et la réponse de l’épiscopat, à l’initiative des autorités politiques, de la justice ou de l’Église. Un groupe de chercheurs allemands formé à la demande de l’Église catholique a publié son enquête en septembre, faisant état d’au moins 3 677 victimes agressées entre 1946 et 2014 par au moins 1 670 membres du clergé. Selon les auteurs, pendant des décennies l’Église a « détruit ou manipulé » de nombreux documents relatifs à des suspects et « minimisé » sciemment la gravité et l’ampleur des faits.