9 novembre 2018

Tout s'explique

Augmentation des actes antisémites

Comment évoluent les actions antisémites ?

Le nombre d’actes antisémites en France a augmenté de 69 % lors des neuf premiers mois de l’année, a affirmé le Premier ministre, Édouard Philippe, dans un message posté sur Facebook. « Chaque agression perpétrée contre un de nos concitoyens parce qu’il est juif résonne comme un nouveau bris de cristal », écrit le chef du gouvernement, dans une référence à la nuit de Cristal en Allemagne, du 9 au 10 novembre 1938, il y a exactement 80 ans, lors de laquelle des Juifs furent assassinés et des synagogues détruites. Les derniers chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur, le 31 janvier, faisaient état d’une baisse de 17 % des menaces antisémites en 2017 (propos, gestes, courriers, inscriptions), mais d’une hausse de 26 % des actions (homicides ou tentatives, vandalisme, etc.). Ces deux catégories avaient toutefois chuté de plus de la moitié entre 2015 et 2017 (voir notre infographie).

Comment les mesure-t-on ?

Le ministère de l’Intérieur publie chaque année des statistiques sur les actes racistes, antisémites, antimusulmans et antichrétiens. Ces chiffres sont à relativiser pour plusieurs raisons. « Ces faits restent encore trop peu déclarés », avait affirmé en février 2017 Bruno Le Roux, alors ministre de l’Intérieur, en présentant les statistiques de 2016. De plus, les déclarations ne prennent pas toutes en compte la nature antisémite de l’acte, qui est à l’appréciation des agents procédant à leur enregistrement. En janvier, le député PS du Val-d’Oise et ancien maire de Sarcelles François Pupponi avait demandé au gouvernement de permettre aux plaignants de préciser que l’agression est liée à sa religion. Les statistiques officielles font l’objet de recoupements avec le Service de protection de la communauté juive, une organisation qui s’est donné pour mission de recenser les actes antisémites.

L’antisémitisme a-t-il changé de nature ?

Chaque année, la Commission nationale consultative des droits de l’homme, un organisme public, publie un rapport sur la lutte contre le racisme et la xénophobie. Dès 2004, elle constate que « les auteurs connus des actes visant la communauté juive n’appartiennent plus, dans leur très grande majorité, à des groupes influencés de façon notable par l’idéologie extrémiste de droite », mais « aux milieux d’origine arabo-musulmane ». Dans ses derniers rapports, elle pointe « une forte progression des actes et menaces antisémites depuis la seconde Intifada », un mouvement de révolte en Palestine, en 2000, puis une baisse après les attentats de 2015 « notamment due aux dispositifs de protection mis en place par les pouvoirs publics dans le cadre du plan Vigipirate ». Elle note également une progression des actes antisémites les plus violents.