23 novembre 2018

Tout s'explique

La restitution des œuvres d’art africaines

Que recommande le rapport sur le patrimoine africain ?

L’historienne de l’art Bénédicte Savoy et l’universitaire sénégalais Felwine Sarr ont remis cet après-midi à Emmanuel Macron un rapport sur la « restitution du patrimoine culturel africain ». Le président avait déclaré en novembre 2017 vouloir que « d’ici cinq ans, les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain ». Le rapport propose de modifier le Code du patrimoine, selon lequel les œuvres des musées français sont insaisissables, inaliénables et imprescriptibles. Il estime à 90 000 le nombre de pièces africaines qui y sont présentes, dont 70 000 au musée du quai Branly à Paris. Selon le rapport, la restitution doit concerner des biens acquis de manière répréhensible, comme le vol ou le butin de guerre. Il recommande de remettre la liste des œuvres aux États africains, à qui il reviendrait de faire une demande de restitution.

Qu’est-il prévu concernant la restitution au niveau international ?

Une convention de l’Unesco, l’organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, adoptée en 1970, prévoit des mesures pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels. Les États signataires s’engagent à saisir et restituer à la requête d’un autre État signataire tout bien culturel volé et importé. Cette convention ne concerne que les œuvres acquises après 1970. La France a signé cette convention en 1997. Plusieurs musées internationaux ont mis en place des processus pour que les pays africains aient à nouveau accès à leurs œuvres d’art spoliées avant 1970, mais sous la forme de prêt. C’est le cas d’un accord passé en octobre entre 10 musées européens, dont le British Museum de Londres, et le Nigeria, visant à lui renvoyer des œuvres pillées sous la forme d’un prêt de longue durée.

Quelles œuvres la France a-t-elle déjà restituées ?

Malgré son Code du patrimoine, la France a déjà restitué plusieurs œuvres d’art. C’est le cas notamment du moulage et du squelette de Saartjie Baartman, une femme sud-africaine surnommée la « Vénus hottentote », qui ont été remis en 2002 à l’Afrique du Sud après avoir longtemps été exposés au musée de l’Homme à Paris. Cette restitution a été autorisée après le vote d’une loi spéciale par le Parlement. Une autre loi, votée au début de la même année, prévoit qu’une œuvre puisse se voir ôter son statut inaliénable après un avis conforme d’une commission scientifique. La France a également remis en 2012 à la Nouvelle-Zélande 20 têtes de guerriers maoris tatouées et momifiées qui figuraient dans la collection de plusieurs musées français.