28 novembre 2018

Tout s’explique

Tensions avec la Chine au sujet des Ouïghours

Comment la Chine réagit-elle aux critiques sur son traitement des Ouïghours ?

L’ambassadeur de Chine à Washington, Cui Tiankai, a déclaré hier soir à l’agence de presse Reuters que son pays répliquerait si les États-Unis lui imposaient des sanctions pour son traitement de la minorité musulmane des Ouïghours. Ces propos résultent du dépôt il y a deux semaines au Congrès américain d’une proposition de loi élaborée par des parlementaires démocrates et républicains. Ils y dénoncent des « violations flagrantes des droits de l’homme » envers les musulmans de Chine et demandent à l’exécutif américain d’envisager des sanctions contre les dirigeants chinois responsables de cette politique de répression. Cui Tiankai a justifié les mesures prises par son pays vis-à-vis des Ouïghours en expliquant qu’elles étaient destinées à lutter contre le terrorisme.

Quelle situation subit cette communauté ?

Le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale de l’ONU a déclaré le 10 août avoir reçu plusieurs rapports crédibles permettant d’affirmer qu’un million d’Ouïghours étaient internés en Chine. Plusieurs personnes ayant été libérées de différents centres de détention ont raconté à des médias comme Foreign Policy ou Libération qu’elles y avaient été soumises à des conditions de vie difficiles et forcées de réciter des messages de propagande fournis par le Parti communiste chinois. Elles ont également dit avoir été menacées de représailles contre leur famille si elles racontaient leur expérience. En décembre, le Wall Street Journal avait publié un reportage montrant l’usage intensif de la reconnaissance faciale pour contrôler l’identité et les déplacements des habitants du nord-ouest de la Chine où vivent principalement les Ouïghours.

Qui sont les Ouïghours ?

Les Ouïghours sont une ethnie turcophone et musulmane de Chine. Ils constituent l’essentiel des 14 millions de musulmans de la région autonome du Xinjiang dans le nord-ouest de la Chine, selon des chiffres publiés en 2015 par le département d’État américain, l’équivalent du ministère des Affaires étrangères. Le régime communiste a favorisé dans la deuxième moitié du XXe siècle l’implantation de Hans, l’ethnie chinoise majoritaire, dans la région, riche en hydrocarbures. Le sentiment nationaliste ouïghour s’est développé, donnant lieu à des émeutes à la fin des années 1980 et des attentats depuis une dizaine d’années. « Avant, la revendication ouïghoure était séculière. Aujourd’hui, les islamistes ont pris le dessus », analysait en août dans Libération Jean-Pierre Cabestan, chercheur spécialiste de la Chine au CNRS. Selon lui, la politique de répression de Pékin « les radicalise encore plus ».