29 novembre 2018

Tout s'explique

L’Italie adopte une loi anti-migrants

Que comporte le texte adopté par l’Italie ?

Le Parlement italien a définitivement adopté hier soir une loi durcissant la politique d’immigration. Composé de 42 articles, ce texte prévoit que la durée maximale de la détention des étrangers dans les centres de rétention, avant rapatriement, passe de 90 à 180 jours. La loi remplace le permis de séjour de « protection humanitaire » d’une durée de deux ans par d’autres permis, de durées moindres. Il prévoit de regrouper les demandeurs d’asile dans de grands centres pour minimiser les coûts d’accueil et de permettre d’obtenir la citoyenneté par mariage et par résidence au bout de quatre ans et non plus de deux ans. Le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, dirigeant du parti anti-immigration La Ligue, s’est déclaré « heureux » de l’adoption de ce texte qu’il avait défendu en Conseil des ministres. « Il semble que ne pas intégrer et marginaliser ceux qui arrivent dans notre pays est devenu une valeur », a réagi Mario Morcone, directeur du Conseil italien pour les réfugiés, une organisation indépendante.

Où en sont les arrivées de migrants dans le pays ?

Entre le 1er janvier et le 29 novembre, près de 23 000 migrants sont arrivés sur le sol italien, contre plus de 110 000 pendant la même période en 2017, selon les données du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Le 30 juillet, le président du Conseil (l’équivalent du Premier ministre), Giuseppe Conte, avait déclaré que l’immigration s’était « effondrée » depuis l’installation de son gouvernement, issu d’une coalition entre le Mouvement 5 étoiles (antisystème) et La Ligue (anti-immigration). Il y voyait une preuve que leur « stratégie fonctionne ». L’agence de presse italienne AGI a alors souligné que cette coalition étant arrivée au pouvoir le 1er juin 2018, la chute du nombre des arrivées, amorcée depuis juillet 2017, était due à la politique menée par le précédent gouvernement. Ce dernier avait notamment signé plusieurs accords avec des chefs de clan libyens et des États africains pour freiner les départs.

Qu’est-ce que le Pacte mondial sur les migrations que l’Italie refuse de signer ?

Giuseppe Conte a annoncé hier que son gouvernement ne signerait pas le Pacte mondial pour les migrations de l’ONU, contrairement à l’engagement pris par l’ancien président du Conseil Matteo Renzi. Depuis l’adoption en 2016 de la Déclaration de New York, qui prévoyait la création d’un accord migratoire international, l’Assemblée générale des Nations Unies prépare un texte qui vise à réguler les flux migratoires entre les États membres de l’ONU. Ce pacte, juridiquement non contraignant, est censé être définitivement adopté lors d’un sommet prévu les 10 et 11 décembre à Marrakech, au Maroc. Alors que 193 pays soutenaient la création d’un accord migratoire en 2016, une dizaine d’entre eux, dont les États-Unis, l’Australie, la Hongrie et Israël, ont depuis désavoué ce pacte. Le nombre de migrants était de 257 millions en 2017, soit un peu plus de 3 % de la population mondiale, selon l’ONU.