14 décembre 2018

Tout s'explique

Ford rejette le projet de reprise de l’usine de Blanquefort

Pourquoi Ford rejette-t-il le projet de reprise de l’usine de Blanquefort ?

Ford Aquitaine Industries, filiale française du groupe automobile américain Ford, a annoncé hier refuser le projet de reprise de son usine située à Blanquefort, en Gironde, spécialisée dans la fabrication de boîtes de vitesses. Le groupe belge Punch, spécialisé dans les boîtes de vitesse automatiques, avait fait une offre de reprise du site, prévoyant de conserver la moitié des plus de 800 emplois. Mais Ford estime qu’il ne s’agit pas d’un « projet viable, à long terme », car il présente des « risques significatifs » qui ne permettraient pas de limiter de « possibles pertes d’emploi futures ». L’arrêt de production sur le site est prévu pour fin août 2019 et le groupe s’engage à ne prononcer aucun départ contraint avant septembre. Ford avait annoncé en février vouloir se désengager du site de Blanquefort, où l’entreprise était établie depuis 1973 avant de le céder en 2009, puis de le reprendre en 2011.

Comment l’État a-t-il soutenu Ford en France ?

Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, s’est déclaré hier devant le Sénat « révolté » par cette décision « qui ne se justifie que par la volonté de Ford de faire monter son cours de bourse », selon lui. Il dénonce la « trahison » de l’entreprise, après plusieurs mois de négociations autour d’un projet de reprise menées avec l’État, les collectivités locales, les salariés et Punch. L’État soutenait en effet cette offre, qu’elle estimait « crédible et solide » pour garantir l’avenir du site de Blanquefort. Il s’engageait à accompagner le plan de reprise avec 5 millions d’euros et les collectivités locales avec 12,5 millions d’euros. En mai 2013, l’État et les collectivités locales avaient passé un accord quinquennal avec Ford, à travers lequel l’entreprise s’était engagée à préserver au moins 1 000 emplois dans l’usine, en contrepartie de plus de 125 millions d’euros d’investissements auxquels les pouvoirs publics contribuaient. Cet engagement a pris fin en mai.

Comment a évolué l’emploi dans l’automobile en France ces dernières années ?

L’industrie automobile employait l’an dernier 213 000 personnes en France, selon le Comité des constructeurs français d’automobiles (CCFA), le syndicat professionnel du secteur. Mais le nombre d’emplois induits, générés par l’activité des constructeurs et des fournisseurs, était de 2,2 millions de personnes, soit 8 % de la population active. Le nombre d’emplois a fortement chuté dans le secteur depuis le début des années 2000. En 2001, le secteur employait encore 318 000 personnes, avec 2,4 millions d’emplois induits. Le nombre de véhicules vendus dans le monde n’a cessé de croître durant les 10 dernières années, mais « la croissance des 10 ans à venir risque d’être plus modérée », soulignait en juillet dans Le Figaro Flavien Neuvy, directeur de l’Observatoire Cetelem, spécialiste de la veille économique dans le secteur automobile. Pour lui, certains marchés sont arrivés à maturité [€], comme celui des États-Unis, tandis que l’Europe et la Chine s’en approchent.