2 janvier 2019

Tout s'explique

La Roumanie prend la présidence du Conseil de l’UE

Que prévoit la Roumanie pour sa présidence du Conseil de l’UE ?

Pour la première fois depuis son adhésion à l’UE en 2007, la Roumanie assure depuis hier et pour six mois la présidence du Conseil de l’Union européenne. Elle sera chargée de diriger les débats et de parvenir à des compromis au sein de cet organe qui réunit les ministres de chaque État membre dans 10 formations (affaires étrangères, environnement, etc.). Le Conseil de l’UE adopte les textes législatifs et le budget de l’UE avec le Parlement européen. Il coordonne également les politiques des États membres dans plusieurs domaines (économie, éducation, emploi, etc.) et définit la politique étrangère et de sécurité de l’UE. Sa présidence est assurée tous les six mois par un pays membre différent. La Roumanie prévoit, avec la Finlande et la Croatie qui lui succéderont, d’avancer notamment sur la fiscalité de l’économie numérique et la politique environnementale, d’encourager les investissements et de lutter contre les discriminations.

Que reprochent les autres institutions de l’UE à la Roumanie ?

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a déclaré dimanche au quotidien allemand Die Welt que le gouvernement roumain n’avait « pas encore pleinement compris ce que signifie présider les pays de l’UE », soulignant que le pays devrait « écouter les autres » et savoir « mettre de côté ses propres souhaits ». Il craint également que les divisions internes nuisent à la recherche de l’unité européenne. Mi-novembre, dans une résolution non contraignante, le Parlement européen s’est déclaré quant à lui « très inquiet » de la réforme du système judiciaire roumain adoptée fin 2017 concernant le statut des juges et des procureurs, l’organisation judiciaire et le Conseil supérieur de la magistrature. Il redoute ses conséquences « sur l’indépendance de la justice, sur son efficacité et sa qualité » ainsi que « sur la lutte contre la corruption ».

Quels rapports la Roumanie entretient-elle avec l’UE ?

Le gouvernement roumain est issu du Parti social-démocrate (PSD), qui est dirigé par Liviu Dragnea. Également président de la Chambre des députés, il a été condamné pour fraude électorale en 2016 et pour abus de pouvoir en juin 2018. Il est également mis en examen dans une enquête pour le détournement de 21 millions d’euros de fonds européen. Liviu Dragnea a développé un discours critique vis-à-vis de l’UE au sein de son parti et en Roumanie. Mi-décembre, il a déclaré que l’UE traitait la Roumanie « comme un pays de seconde classe ». Gabriela Cretu, membre du PSD et présidente de la commission des affaires européennes au Sénat roumain, a déclaré au Monde fin décembre s’inquiéter « de la tournure que prend le parti » : « Même s’il y a de vrais problèmes avec l’Europe ou la justice en Roumanie, on ne peut pas les résoudre avec une approche antieuropéenne. » Le ministre des Affaires européennes, Victor Negrescu, a démissionné en novembre, en désaccord avec le point de vue du gouvernement sur l’UE.