10 janvier 2019

Tout s'explique

Un opposant élu président en République démocratique du Congo

Qu’a annoncé la commission électorale congolaise ?

La commission électorale de la République démocratique du Congo a annoncé dans la nuit que l’opposant Félix Tshisekedi avait remporté avec 38,6 % des suffrages l’élection présidentielle à un tour organisée le 30 décembre. C’est la première fois depuis l’indépendance de ce pays, le plus vaste pays d’Afrique subsaharienne, en 1960 qu’un opposant est déclaré vainqueur d’une présidentielle. Emmanuel Shadary, le candidat choisi par le président sortant, Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, n’a recueilli que 23,8 % des voix. La conférence des évêques congolais a toutefois déclaré que ces résultats ne correspondaient pas aux données qu’elle avait collectées dans les bureaux de vote. Les résultats peuvent encore faire l’objet de recours devant la Cour constitutionnelle. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a déclaré sur CNews que les résultats annoncés n’étaient pas « conformes aux résultats que l’on a pu constater ici ou là » et que l’opposant Martin Fayulu était « a priori » le vainqueur.

Qui est Félix Tshisekedi ?

L’opposant Martin Fayulu, deuxième avec 34,8 % des suffrages, a dénoncé un « putsch électoral » et estimé que si Félix Tshisekedi devenait président, il serait « le faire-valoir de Kabila qui continuera à tirer les ficelles ». Félix Tshisekedi est le fils d’Étienne Tshisekedi, qui avait été ministre sous la dictature de Mobutu Sese Seko avant de devenir l’un des opposants de ce dernier, puis de ses successeurs, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila. Âgé de 55 ans, il a pris la tête du parti créé par son père après la mort de celui-ci en 2017. En novembre, il s’est retiré, moins de 24 heures après l’avoir signé, d’un accord négocié à Genève, en Suisse, dans lequel les dirigeants des principaux partis d’opposition s’engageaient à présenter un candidat unique, Martin Fayulu, face au candidat du pouvoir. Il y a deux semaines, il a déclaré au journal belge Le Soir qu’il était « évident » que le président sortant, Joseph Kabila, pourrait « vivre tranquillement dans son pays, vaquer à ses occupations » et qu’il n’avait « rien à craindre ».

Quel rôle joue la conférence des évêques dans le pays ?

La conférence des évêques congolais a déployé 40 000 observateurs pour surveiller le déroulement du scrutin dans ce pays dont plus de 45 % des 83 millions d’habitants sont catholiques, selon le centre d’études américain Pew Research Center. Dès le mois de février, elle s’était inquiétée de la fiabilité des machines à voter utilisées, demandant qu’elles soient certifiées par des experts nationaux et internationaux. Des experts de l’organisation publique britannique Westminster Foundation for Democracy ont ainsi été mandatés par la commission électorale et ont livré en septembre plusieurs recommandations sur l’utilisation de ces machines. L’Église catholique congolaise avait déjà mené des missions d’observation lors des élections présidentielles de 2006 et 2011. Elle a également participé ces dernières années à une médiation entre le pouvoir et l’opposition.