17 janvier 2019

Tout s'explique

L’usage des lanceurs de balles de défense contesté

Quelle est la position du Défenseur des droits ?

Jacques Toubon, le Défenseur des droits, une autorité chargée de défendre les droits des citoyens, a demandé ce matin la suspension de l’usage des lanceurs de balles de défense (LBD) par les forces de l’ordre. Ces armes dites de force intermédiaire ont été employées à plusieurs reprises pendant les rassemblements des « Gilets jaunes » et ont occasionné d’importantes blessures chez des manifestants. Jacques Toubon a déclaré « espérer que le gouvernement prendra des dispositions » au vu de la « dangerosité » de ces LBD. Dans un rapport publié il y a un an, le Défenseur des droits avait déjà recommandé l’interdiction de l’usage des LBD « dans le cadre des opérations de maintien de l’ordre » et ce « quelle que soit l’unité susceptible d’intervenir ».

Quel est le bilan des LBD ?

Depuis le début du mouvement des « Gilets jaunes », le ministère de l’Intérieur a recensé 1 800 blessés parmi les civils, un millier parmi les forces de l’ordre et 81 saisines judiciaires de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour des suspicions de violences policières. Le collectif de lutte contre les violences sécuritaires Désarmons-les et le journaliste spécialisé dans les questions de maintien de l’ordre David Dufresne ont effectué leur propre décompte des personnes qu’ils considèrent comme « gravement » blessées et en recensent 80 à 100. D’après leurs données, plus des deux tiers ont été blessés par des tirs de LBD. Le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a déclaré aujourd’hui que sans l’usage d’armes de force intermédiaire, comme les LBD que les policiers utilisent « quand ils sont vraiment acculés », certains d’entre eux « auraient peut-être été lynchés ».

Quelles sont les réactions face à cet usage ?

Plus de 200 élus et intellectuels ont appelé, dans deux tribunes publiées en décembre et en janvier dans Libération et Le Monde, à l’interdiction des LBD. Dans un document envoyé mardi aux policiers, le directeur général de la police nationale, Éric Morvan, a rappelé qu’il était nécessaire, avec les LBD, de respecter des « intervalles de distance » et de viser « exclusivement » le torse ou les membres supérieurs ou inférieurs. En décembre, la Cour européenne des droits de l’homme a refusé d’imposer à la France une mesure provisoire d’interdiction des LBD, comme le demandait un avocat défendant plusieurs « Gilets jaunes », tout en précisant que cette première décision « ne présageait pas » de celle qu’elle rendrait plus tard sur la recevabilité ou le fond de l’affaire.