18 janvier 2019

Tout s'explique

Manifestations réprimées au Soudan

Quelles sont les causes de la protestation ?

La police soudanaise a dispersé hier une manifestation qui se dirigeait vers le palais présidentiel à Khartoum, la capitale du pays, faisant au moins deux morts. Le mouvement de protestation que connaît le Soudan a commencé le 19 décembre en réaction au triplement du prix du pain provoqué par la décision gouvernementale de réduire les subventions destinées à en maîtriser le prix. Les manifestants réclament désormais le départ du président, Omar el-Béchir. Le mouvement est mené par l’Association des professionnels soudanais, qui regroupe des médecins, des ingénieurs et des enseignants, et par une coalition de partis d’opposition. Ils ont appelé à de nouvelles manifestations dimanche, mardi et jeudi. La répression a fait plus de 40 victimes depuis le début du mouvement, selon l’ONG de défense des droits de l’homme Amnesty International.

Depuis quand Omar el-Béchir est-il au pouvoir ?

« Il y a une seule voie vers le pouvoir et c’est celle des urnes. Le peuple soudanais décidera en 2020 qui doit les gouverner », a déclaré lundi le président, Omar el-Béchir. Âgé de 75 ans, cet ancien militaire est à la tête du pays depuis un coup d’État mené en juin 1989. Il a remporté en 2010 les premières élections multipartites organisées depuis son arrivée au pouvoir et a été réélu en 2015 avec 94,5 % des voix à l’issue d’un scrutin boycotté par l’opposition. La Cour pénale internationale a émis deux mandats d’arrêt contre lui, en 2009 et 2010, pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et génocide. Elle le soupçonne d’être responsable de meurtres, viols et actes de torture commis par les forces gouvernementales luttant contre une rébellion armée au Darfour, une région de l’ouest du Soudan, entre 2003 et 2008. Omar el-Béchir a toutefois pu se rendre plusieurs fois à l’étranger, notamment en Afrique du Sud, sans être arrêté.

À quelles difficultés économiques le pays fait-il face ?

Peuplé de 40 millions d’habitants, selon l’ONU, le Soudan connaît d’importantes difficultés économiques, en particulier depuis l’indépendance du Soudan du Sud en 2011. Ce territoire recelait l’essentiel des ressources pétrolières du pays. L’économie soudanaise a également été entravée par les sanctions américaines imposées en 1997, le pays étant soupçonné de soutenir le terrorisme. Oussama Ben Laden y avait vécu entre 1992 et 1996. Ces sanctions, qui ont limité l’octroi de financements internationaux, ont été levées en octobre 2017. Cependant, les États-Unis maintiennent le Soudan sur la liste des États soutenant le terrorisme, ce qui n’incite pas à un retour des investisseurs étrangers. Le Soudan a enregistré une croissance de son PIB de 4,1 % en 2018, mais le taux de chômage y atteint 18 % et l’inflation près de 40 %, selon les estimations de la Banque africaine de développement, une institution financière intergouvernementale.