28 janvier 2019

Tout s'explique

Recul de la mortalité routière en France

En quoi les chiffres de la mortalité routière sont-ils « historiques » ?

Le Premier ministre, Édouard Philippe, a présenté ce matin au centre de réadaptation de Coubert, en Seine-et-Marne, des résultats de la sécurité routière qu’il a qualifiés d’« historiques ». Selon les estimations provisoires de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) publiées aujourd’hui, l’année 2018 est la moins meurtrière depuis le début des relevés sur l’accidentologie de la route en 1952. D’après ces estimations, il y a eu 3 259 morts sur la route l’an dernier, contre 3 448 en 2017. Le bilan final sera connu en mai. Jusqu’ici, 2013 était l’année où le nombre de morts sur la route avait été le plus faible, avec 3 268 personnes décédées à cause d’un accident de la route. Ce chiffre avait augmenté ensuite (voir notre infographie) et l’année 2018 constitue la première baisse constatée depuis. La baisse de la mortalité routière est de 0,3 % par rapport à 2013, alors que le trafic a augmenté d’environ 7 % entre 2013 et 2017, selon l’ONISR.

Quel est l’impact de la révision de la vitesse maximale autorisée sur cette baisse ?

Sur les 189 vies épargnées sur les routes en 2018 par rapport à 2017, 168 l’ont été sur le réseau hors agglomération et autoroute, selon l’ONISR. Cette baisse a été concentrée sur le second semestre, soit après l’abaissement de la vitesse maximale à 80 km/h sur ce réseau secondaire au 1er juillet. L’ONISR estime que 116 vies ont été épargnées grâce à cette mesure en comparaison des cinq années précédentes, un chiffre repris par Édouard Philippe. Manuelle Salathé, secrétaire générale de l’ONISR, déclarait au Monde en octobre que, pour estimer l’impact d’une telle mesure, il fallait « au moins 12 mois d’observation et idéalement 24 mois pour éviter les effets liés à la météo ». En 2014, le Conseil national de la sécurité routière, une instance interministérielle, estimait que le passage à 80 km/h sur le réseau routier secondaire pourrait épargner entre 200 et 400 vies par an.

Pourquoi le gouvernement s’est-il déclaré prêt à revenir dans certains cas sur l’abaissement de la vitesse à 80 km/h ?

Lors du lancement du grand débat national le 15 janvier, visant à répondre au mouvement des « Gilets jaunes », Emmanuel Macron a déclaré que la baisse de la vitesse maximale autorisée pouvait faire « partie du débat ». La mesure avait été critiquée par des élus locaux lors de son application. Certains reprochaient au gouvernement une mesure unilatérale et auraient préféré choisir sur quels tronçons l’imposer, la gestion des routes départementales étant normalement assurée par les conseils départementaux. Emmanuel Macron a invité les maires à « faire des propositions », estimant qu’il y avait peut-être moyen de « faire quelque chose qui soit mieux accepté et plus intelligent », toujours en cherchant à réduire le nombre de morts sur les routes. Le Premier ministre, Édouard Philippe, a renouvelé ce type d’argument aujourd’hui : « On a le droit de faire des propositions dès lors qu’on reste sur le même niveau d’ambitions », a-t-il déclaré.