31 janvier 2019

Tout s'explique

La France se prépare à un retour de djihadistes

Qu’a déclaré la ministre de la Justice ?

La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a déclaré ce matin sur RTL que le gouvernement avait « fait un choix » concernant les djihadistes français détenus en Syrie « qui est celui de la préférence du contrôle et donc du rapatriement en France ». Elle a précisé que ce retour n’était pas certain, mais que si les Français détenus par les Kurdes « devaient être remis en liberté, expulsés », la France avait « plutôt intérêt » à s’assurer « de ce qu’ils deviennent ». Dans une interview accordée à Euronews, Gwendoline Idelon, chercheuse au Centre d’analyse du terrorisme, un centre indépendant de recherche, estime qu’environ 130 Français sont actuellement détenus dans des camps kurdes. Parmi eux figurent Émilie König, qui a été recruteuse pour l’organisation État islamique (EI), ou encore Adrien Guihal, qui a prêté sa voix aux revendications de plusieurs attentats de l’EI, dont celui de Nice en 2016. Selon la ministre, 75 % des détenus sont « des enfants de moins de 7 ans ».

Comment a évolué la position du gouvernement ?

Jusqu’à mardi, le gouvernement estimait que les Français arrêtés en Irak et en Syrie ne devaient pas être rapatriés en France, mais jugés dans les pays où ils étaient détenus. Il s’agissait, selon le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, d’une « logique normale » consistant à ce que les personnes soient jugées « sur les lieux de leurs exactions ». De fait, cette doctrine s’appliquait uniquement aux Français incarcérés et non à ceux, libres, qui avaient décidé de rentrer en France. Ces derniers étaient 335, dont 77 enfants, en mars, selon le ministère de l’Intérieur. Mardi, le ministère des Affaires étrangères déclarait que la France examinait « toutes les options » à propos des djihadistes français détenus en Syrie, y compris leur rapatriement. Il expliquait que ce changement de discours était lié à « l’évolution de la situation militaire », liée au retrait des troupes américaines du pays.

Pourquoi le retrait des États-Unis change-t-il la situation ?

La Turquie a annoncé à plusieurs reprises son intention de lancer une opération militaire contre les forces kurdes présentes dans le nord de la Syrie, qu’elle qualifie de « terroristes ». La menace s’est accentuée depuis l’annonce le 19 décembre par Donald Trump du retrait imminent de Syrie des 2 000 soldats américains présents pour combattre les djihadistes. À la suite de cette annonce, Ilham Ahmed, la coprésidente de la branche politique des Forces démocratiques syriennes, une alliance arabo-kurde luttant contre l’EI, avait alerté la France. Dans une interview au Monde, elle expliquait qu’en cas d’intervention turque, il existait un « risque » que « les centaines de djihadistes étrangers » présents dans les camps « s’échappent ». Elle ajoutait que si les Kurdes perdaient « le contrôle de leur territoire », ils n’allaient « pas prendre les terroristes étrangers » avec eux.