1er février 2019

Tout s’explique

Un dispositif européen pour continuer à commercer avec l’Iran

Quel dispositif ont annoncé la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ?

Les ministres des Affaires étrangères français, allemand et britannique ont annoncé hier la création d’Instex, une structure destinée à poursuivre le commerce avec l’Iran en dépit des sanctions américaines entrées en vigueur en août et novembre. Ces dernières interdisent aux entreprises d’échanger avec l’Iran dans des secteurs tels que le pétrole et l’acier et de réaliser des transactions avec des banques iraniennes. Basée à Paris, Instex a été pensée comme une chambre de compensation pour éviter les flux financiers entre l’Iran et l’Europe. Elle doit ainsi permettre à une entreprise européenne important des produits iraniens de les payer à une société européenne exportant par exemple des machines industrielles vers l’Iran, tandis qu’une structure similaire en Iran récolterait ce que doit l’importateur iranien de machines industrielles et en verserait une partie à un exportateur iranien.

Comment a réagi l’Iran ?

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a salué hier « une première étape attendue depuis longtemps ». Son vice-ministre a exprimé le souhait qu’Instex inclue « l’ensemble » des importations et des exportations iraniennes et s’étende au-delà de l’Europe. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a déclaré hier que ce dispositif permettrait de « poursuivre un commerce licite avec l’Iran dans les domaines de la santé et de l’agroalimentaire », ce qui signifie qu’il ne concernerait pas les secteurs sous sanctions américaines comme le pétrole, qui est de loin la première exportation iranienne. L’idée d’Instex est que les entreprises européennes n’effectuent avec leurs homologues iraniennes aucune transaction en dollars – ce que les États-Unis pourraient sanctionner. L’Iran n’a par ailleurs pas encore annoncé la création d’une structure de compensation similaire à Instex, nécessaire pour que le système fonctionne.

En quoi consiste le commerce entre l’UE et l’Iran ?

Signé en juillet 2015 entre l’Iran d’une part et l’Allemagne, la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie d’autre part, l’accord sur le nucléaire iranien avait permis de lever l’essentiel des sanctions économiques pesant sur le pays en échange d’un contrôle de son programme d’enrichissement nucléaire. La levée de ces sanctions a relancé les exportations de marchandises iraniennes vers l’Union européenne, celles-ci passant de 1,3 milliard d’euros en 2015 à 10,1 milliards d’euros en 2017, selon l’institut européen de statistiques Eurostat. L’UE représentait ainsi 18 % des exportations iraniennes en 2017. Or, celles-ci se composaient à près de 89 % de produits énergétiques, comme le pétrole sur lequel pèsent de nouveau des sanctions. L’UE exportait de son côté 10,8 milliards d’euros de marchandises vers l’Iran en 2017, un montant composé à 51 % de machines et d’équipements de transport et à 18 % de produits chimiques.